Chronique – À la mesure de nos silences de Sophie Loubière

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  • Post published:2022-09-22
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À la mesure de nos silences de Sophie Loubière

Littérature

Ma note :  ★★★★ / J’ai beaucoup aimé

Sophie Loubière est l’une de mes romancières préférées depuis que je l’ai découverte avec Black Coffee, il y a un peu plus d’un an. A la mesure de nos silences était le dernier de ses romans qu’il me restait à lire. Sachant qu’il ne s’agissait pas d’un roman noir, j’avais peur de moins l’apprécier que les précédents. Seulement une fois encore, j’ai été véritablement émue par ma lecture, touchée par François et Antoine, saisie par leur histoire. Désormais, il y a deux autrices françaises indétrônables dans mon coeur de lectrice, Fred Vargas et Sophie Loubière.

« Parler avec lui, défaire les maux du passé reviendrait peut-être à désapprendre ses propres croyances, et qui sait, à éclairer le silence dans lequel, petit à petit, le vieil homme avait sombré. »

François, ancien grand journaliste de terrain, est seul chez lui alors que sa femme Clémence est en cure pour soigner son arthrose. Un jour qu’il croise son ex-belle-fille au supermarché, cette dernière lui fait part des difficultés qu’elle connaît avec son fils, Antoine, sur le point d’échouer au bac. Un échange qui va remuer le vieil homme. Alors à la sortie du lycée et sans vraiment préméditer son geste, le grand-père emmène le petit-fils, malgré lui, pour un voyage de deux jours. Une traversée de la France qui sera l’occasion de plonger dans l’histoire du grand-père et d’exorciser le passé.

Sous la plume délicate de Sophie Loubière, les personnages de ce récit prennent vie avec une justesse bouleversante. Deux protagonistes que deux générations séparent, le grand-père François, et le petit-fils Antoine.

J’ai d’abord été très émue par François, cet être un peu taiseux, qui se réfugie volontiers dans la solitude, laissant libre cours à ses pensées. On le sent sur le point de fléchir, à la fois physiquement, et psychologiquement. Il dégage une forme de mélancolie, à moins que cela ne soit de la lassitude, qui m’a immédiatement intriguée.

Antoine, quant à lui, vit au jour le jour sa jeunesse 2.0. Aucune perspective d’avenir ne semble le travailler et c’est à peine s’il compte passer son bac. Dans sa chambre, il s’adonne aux jeux vidéo tandis que son téléphone ne cesse de vibrer, signe extérieur d’une vie sociale bien remplie. Antoine est un adolescent comme tant d’autres, avec une famille recomposée, un peu dysfonctionnelle, qui cherche sa place dans l’existence. Malgré son côté taciturne et son apparente nonchalance, il a su me toucher, et j’ai ressenti sans peine son mal-être, sa colère aussi, reflet d’une grande sensibilité.

Deux êtres qui se connaissent peu, mais qui vont apprendre à se découvrir lors de ce voyage qui sonne alors comme une résilience, pour l’un comme pour l’autre. Une relation qui va évoluer au fil des chapitres, à mesure que les mots – maux se libèrent. Pour l’Ancien, il devient essentiel de rompre le silence et de transmettre à cette nouvelle génération une partie de sa mémoire. Une partie restée figée en ce mois de septembre 1943, à l’origine de ses choix de vie et de la manière dont il s’est construit. J’ai été troublée par ce pan de la Seconde Guerre que je ne connaissais absolument pas, par ce drame qui aura marqué tout un village, celui de Villefranche en Aveyron. Il aura fallu que je lise une fiction pour combler ce manque.

Je me suis pleinement laissé porter par le récit, confiante, mais je ne m’attendais pas à ce que ce roman me touche de cette façon. En réalité, mes yeux se sont embués quelques fois et cela tient beaucoup à la profondeur psychologique des personnages. La romancière n’a pas son pareil pour exprimer les sentiments, à tel point que j’étais en parfaite symbiose avec les protagonistes et leur histoire. Un roman fort et émouvant que je vous invite à découvrir.

Date de lecture : 18-19 sept. 2022

🎃Lecture prévue dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge 2022 – Automne frissonnant – Des Sakuma Drops au milieu des lucioles🍁


Infos et Quatrième de couverture

À la mesure de nos silences de Sophie Loubière
Edition : Fleuve – Parution : 08/01/2015 – 304 pages – ISBN: 9782265099029

« Jamais Antoine n’aurait pensé que son grand-père puisse agir ainsi : il y a quelques heures à peine, l’adolescent sortait du lycée, s’apprêtant royalement à rater son bac. Kidnappé par papi à bord d’un vieux coupé Volvo, il roule à présent vers l’inconnu, privé de son iPhone.
À 82 ans, François Valent, journaliste brillant, aura parcouru le monde et couvert tous les conflits du globe sans jamais flancher. S’il a conclu un marché avec son petit-fils, c’est pour tenter de le convaincre de ne pas lâcher ses études.
Mais ce voyage improvisé ne se fera pas sans heurts. La destination vers laquelle le vieil homme conduit Antoine – la ville de Villefranche-de-Rouergue, où il a grandi – a ce parfum particulier du remords. C’est là que l’enfance de François a trébuché. Lors d’un drame sanglant de la Seconde Guerre mondiale dont l’Histoire a gardé le secret.
À la fois quête du souvenir et voyage initiatique, cette échappée belle les révèlera l’un à l’autre. La vraie vie n’est jamais là où on l’attend. »

Cet article a 9 commentaires

  1. On sent bien que les romans de Sophie Loubière te touchent à chaque lecture. Celui-ci à l’air plein de sentiments forts, le partage de deux générations qui apprennent à se connaitre et se découvre comme ils ne l’avaient jamais fait auparavant, ça semble émouvant. Encore une lecture réussie apparemment. 😊

  2. Fred Vargas et Sophie Loubière… Deux autrices qu’il faut que je découvre !
    Très belle chronique, pour un roman qui a l’air tellement touchant. Je ne suis pas contre faire un bout de chemin avec les personnages.

    1. Caroline

      J’ai découvert Fred Vargas avec ses séries policières, Adamsberg (mon chouchou) et les évangélistes. Il faut aimer le style, perso j’adore ! Mais elle écrit aussi des essais.

  3. Je me le note pour la fin d’année, je ne l’ai pas relue depuis son dernier. Merci beaucoup pour cette chronique ♥️

    1. Caroline

      Avec plaisir Katia, j’espère qu’il te plaira !

  4. Je suis toujours sensible à ce genre de romans où deux générations apprennent l’une de l’autre, a fortiori quand il y a autant d’émotions…

    1. Caroline

      Je ne m’attendais pas vraiment à être émue, de Sophie Loubière, je n’avais lu que des polars.

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