Chronique – La danse de l’eau de Ta-Nehisi Coates

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  • Post published:2022-05-23
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La danse de l’eau de Ta-Nehisi Coates

Historique, fantastique

Ma note :  ★★★★ / J’ai beaucoup aimé | Mon avis sur la version audio : ★★★★★ / J’ai adoré

{Sélection Prix Audiolib 2022} Lu par Alex Fondja

La danse de l’eau était mon avant-dernière lecture dans le cadre du Prix Audiolib. Un titre éminemment poétique, une couverture magnifique et une interprétation formidable, voilà qui m’a rassérénée après mon sentiment mitigé concernant Les gardiens du phare. Je ne m’étais absolument pas renseignée sur le synopsis de cette histoire avant de débuter mon écoute, et j’ai d’autant plus apprécié ma lecture.

Ta-Nehisi Coates nous emmène aux États-Unis, à l’aube de la Guerre de Sécession. Dans l’État sudiste de Virginie, les propriétaires de plantations ne sont plus que des fortunes agonisantes à la recherche d’une gloire passée. Les terres devenues exsangues, leurs esclaves demeurent la seule richesse capable de les maintenir encore au rang de « Distingués ». Aussi, pour combler les dettes et asseoir encore quelque temps leur pouvoir et leur notoriété au sein la société, ils n’hésitent pas à monnayer les « Asservis » comme de vulgaires marchandises. Hiram a neuf ans lorsque son père, Howell Walker, propriétaire du domaine de Lockless, décide de vendre sa mère à d’autres propriétaires terriens. C’est lui qui va nous conter cette histoire, dont l’intrigue s’étend sur plusieurs années.

Suite à la soudaine disparition de sa mère, dont il ignore la raison, Hiram trouve refuge chez Thena, une vieille esclave elle aussi brisée par la perte des siens. Ce n’est que plus tard que son père le prendra à son service dans sa demeure, parmi les autres « Asservis » vivant dans le Terrier. Dès son plus jeune âge, le jeune garçon se révèle doué d’une mémoire particulièrement prodigieuse. Une qualité qu’a tôt fait de remarquer son père, qui est en outre bien conscient des facultés intellectuelles du garçon, et dont semble totalement dépourvu son fils légitime Maynard. Howell fait alors d’Hiram le garde-fou de son héritier, espérant ainsi sauver son nom et son domaine de la perdition. Mais un soir qu’il réchappe à une noyade, le jeune homme va se découvrir un don. Un pouvoir magique réveillé par sa mémoire et la présence de l’eau, le pouvoir de Conduction. Dès lors, Hiram va tout faire pour se libérer de sa condition d’esclave et rejoindre le Nord, où il va découvrir un puissant Réseau clandestin.

J’ai beaucoup apprécié la première partie dans le Sud où l’on découvre l’existence d’Hiram, en équilibre entre deux mondes. J’ai aimé ce personnage attachant, par le biais duquel on observe à la fois les mœurs des « Distingués » et les conditions de vie des « Asservis ». Avec beaucoup de subtilité, l’auteur évoque toutes ces familles déchirées par la séparation et les humiliations subies sous le joug des Blancs. Néanmoins, malgré le côté tragique d’un tel sujet, l’ambiance est parfois envoûtante et on assite à des parenthèses de joies, traversées par les rires, rythmées par le son du banjo et les danses autour du feu.

A la manière d’une épopée, Hiram va vivre bien des aventures, rencontrer des personnages forts, épouser une cause et se conduire en héros. Un héros qui va accomplir des exploits, guidé par ses ancêtres et sa mère notamment, « danseuse drapée de bleu diaphane ». Mais le pouvoir de Conduction est un peu délicat à appréhender et il doit le maîtriser pour espérer libérer ceux qu’il a laissés derrière lui à Lockless. Un talent qui intéresse également beaucoup le Réseau, qui voit en Hiram la pièce maîtresse de son combat contre l’Asservissement. Dans le Nord, on découvre les prémices d’une société en mutation et on se glisse dans les coulisses de l’action, aux côtés de personnages tous différents mais portés par un même objectif. Cependant, ils sont un peu trop nombreux à mes yeux pour susciter un réel attachement et j’ai parfois ressenti quelques longueurs au niveau de cette partie de l’intrigue.

Cette histoire parle d’asservissement mais aussi de mémoire, de famille et de liberté. Peut-être plus généralement aussi de la liberté des corps et du libre-arbitre. Si les actes d’Hiram sont empreints de bienveillance, il doit aussi accepter que tous ne veulent pas être libérés. Par ailleurs, l’auteur soulève la condition des « Asservies », fréquemment violées par leurs maîtres, comme ce fût le cas pour Rose, la mère d’Hiram. En ce sens, j’ai été touchée par le personnage de Sophia, « soumise à son maître » alors qu’elle souhaite par-dessus tout n’ « appartenir à aucun homme ». Une femme résolue, à l’ « aura étincelante » !

Si l’esclavage est un sujet souvent abordé en littérature, ce roman se démarque par son originalité et nous emmène aux confins du fantastique, là où l’eau et la mémoire s’unissent pour réparer l’histoire. La danse de l’eau est un roman historiquement riche et passionnant, dont la touche magique confère au récit une certaine poésie. Une histoire intense sublimée par la plume particulièrement vivante de Ta-Nehisi Coates. Il y a tant à dire sur ce roman, que je ne peux que vous en conseiller la lecture.

Mon avis sur la version audio :

J’ai été absolument charmée par la performance d’Alex Fondja dans La danse de l’eau. Selon moi, le narrateur incarne admirablement la voix d’Hiram et réussit à transmettre avec talent toute l’expressivité du texte et l’intensité du propos. Une interprétation qui apporte un plus à ce roman déjà très beau.

Date de lecture : 15-19 avril 2022

Et comme les mots peuvent sembler parfois bien fades, rien de mieux qu’écouter un extrait pour se faire un avis.


Infos et Quatrième de couverture

La danse de l’eau de Ta-Nehisi Coates
Edition papier : Fayard– Parution : 18/08/2021 – 480 pages – ISBN : 9782213716541
Edition audio : Audiolib – Parution : 13/04/2022 – Durée : 15h21min – ISBN : 9791035408138 – Lu par Alex Fondja

« Le jeune Hiram Walker est né dans les fers. Le jour où sa mère a été vendue, Hiram s’est vu voler les souvenirs qu’il avait d’elle. Tout ce qui lui est resté, c’est un pouvoir mystérieux que sa mère lui a laissé en héritage. Des années plus tard, quand Hiram manque se noyer dans une rivière, c’est ce même pouvoir qui lui sauve la vie. Après avoir frôlé la mort, il décide de s’enfuir, loin du seul monde qu’il ait jamais connu.
Ainsi débute un périple plein de surprises, qui va entraîner Hiram de la splendeur décadente des plantations de Virginie aux bastions d’une guérilla acharnée au cœur des grands espaces américains, du cercueil esclavagiste du Sud profond aux mouvements dangereusement idéalistes du Nord.
Dans son premier roman, Ta-Nehisi Coates livre un récit profondément habité, qui rend leur humanité à tous ceux dont l’existence fut confisquée, et qui trouvèrent le courage de conquérir leur liberté. Alex Fondja incarne avec autant de fougue que de maîtrise l’épopée d’Hiram. »


L’avis de mes collègues jurées

Parce que nous n’avons pas toujours les mêmes ressentis ou la même façon de parler d’un livre, voici quelques avis de mes collègues de jury.

Un roman qui a fait « forte impression » à Audrey, du blog LightAndSmell. Voici sa chronique.
Cécile, du blog Good Books, Good Friends, a trouvé ce roman « envoûtant et poignant ». Voici sa chronique.

Cet article a 9 commentaires

  1. Très jolie chronique. J’ai l’impression d’avoir un peu moins aimé que toi.

    1. Caroline

      C’est vrai que j’ai beaucoup aimé, même si parfois j’ai trouvé quelques longueurs. Mais j’ai énormément apprécié l’originalité de cette histoire et le personnage d’Hiram, que j’ai trouvé attachant.

  2. Ce roman traité d’un sujet des plus difficiles mais tu sembles avoir passé un excellent moment à l’écouter !

    1. Caroline

      Oui, j’ai suivi Hiram avec beaucoup de plaisir et j’ai aimé me plonger dans cette partie de l’histoire. 😊

  3. Céline

    Que c’est tenant ! je me le note, j’aime ce genre de lecture et surtout les thèmes abordés 🙂
    Merci pour la découverte avec ta très belle chronique !
    Bonne journée !

    1. Caroline

      Avec plaisir ! C’est un roman assez dense, mais l’aventure d’Hiram est passionnante et j’avoue avoir eu un peu de peine à le quitter, à l’issue de ma lecture.

  4. Comme toujours, j’aime beaucoup ton avis qui restitue à merveille la quintessence de ce roman. Le sort des familles déchirées et séparées est tellement révoltant…

    1. Caroline

      Merci Audrey. C’est un roman fort et original et je suis assez étonnée de n’en avoir jamais entendu parler auparavant. Je suis vraiment reconnaissante à Audiolib de l’avoir sélectionné. En tout cas, j’ai hâte de découvrir ta chronique !

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