Chronique – Les gens de Bilbao naissent où ils veulent de Maria Larrea

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent de Maria Larrea

Autobiographie

Lecture audio → Roman lu par l’autrice – Roman lu dans le cadre du Prix Audiolib 2024.

Date de lecture : 14-15 avril 2024

Suite à une entrevue qui l’a chamboulée, Maria, la narratrice, qui est aussi l’autrice, s’est mis en tête de retracer l’histoire de sa famille. Une quête des origines qui va débuter dans les années 40, en Espagne, avec la jeunesse de ses parents, Victoria et Julian, et se poursuivre avec la sienne, en France, au sein de cette famille d’immigrés. Deux histoires qui vont s’alterner et laisser place à une intrigue familiale émouvante.

Dans un prologue qui donne le ton, l’autrice nous plonge, en quelques lignes à peine, dans l’essence de son livre. Dès le départ, j’ai été captivé par les mots. Un récit qui commence dans la douleur, avec la naissance de Victoria, le même jour que Bernadette Soubirous. Une petite fille non désirée par sa mère, laquelle aurait préféré un garçon, et abandonnée dans un couvent voisin. Je me suis attachée à cette enfant, qui grandit au milieu d’autres orphelins et dont l’existence ne sera pas toujours des plus heureuses. La vie ne sera pas plus tendre avec Julian, lui aussi non désiré et abandonné par sa mère, une prostituée de Bilbao, dans une institution de jésuites.

Quand ces deux-là se rencontrent au Ferrol un soir de la Saint-Sylvestre, c’est l’amour fou. Ensemble, ils vont partir pour Paris, direction le XVIe arrondissement et le théâtre de la Michodière, dont Julian sera le gardien des années durant. Maria grandit dans cet endroit, et n’aura de cesse de vouloir s’extirper de sa condition. Mais surtout, elle a au fond d’elle un vide, un je ne sais quoi qui la taraude et qui l’empêche de vivre pleinement. Jusqu’au jour où la pièce manquante vient compléter son histoire.

« Je rencontrai des jeunes filles fraîches et françaises qui pourraient me faire sortir de mon territoire hispanique moyenâgeux entouré de barbelés. La première à me tendre la main portait le prénom prometteur de Flavie. En me liant à elle, je tournais le dos aux autres comme moi, les filles du rez-de-chaussée, espagnoles, portugaises et yougos. Je devenais un peu française. »

J’ai beaucoup aimé découvrir ces deux histoires en parallèle, la jeunesse des parents en Espagne et la vie de Maria en France. Le style est franc, sans détour, les mots sont percutants et parfaitement choisis. Un vrai plaisir, et une vraie prouesse aussi. Malgré la brièveté du récit, j’ai ressenti beaucoup d’émotions et je me suis laissé totalement emporter par la vie de ces personnages attachants et le besoin viscéral de la narratrice de partir en quête de ses origines.

« Le Pays basque pour les Basques était son mantra, lui l’immigré qui habitait Paris et buvait du bordeaux dans un restaurant grec tenu par des Égyptiens. Il voulait incruster dans ma cervelle cette fierté de l’appartenance, tu es basque, tu n’es pas espagnole. »

Avec humour et passion, Maria Larrea nous confie une histoire étonnante et pleine de surprises. Une histoire d’abandon et de construction des êtres, au travers de laquelle on se questionne sur l’immigration, l’intégration, l’appartenance à une famille, un pays, etc. Un récit autobiographique riche et finalement très romanesque, passionnant à lire.

Mon avis sur la version audio :

Dans la version Audiolib, c’est Maria Larrea elle-même qui donne corps à son texte. Rares sont les livres audio lus par leurs auteurs qui ont su me séduire. Celui-ci en fait partie. J’ai trouvé l’autrice parfaite dans son rôle de narratrice. On ressent avec intensité toute sa colère et son désespoir, puis l’apaisement qui s’invite peu à peu, au fil de ses recherches. Je vous recommande vraiment l’écoute de ce roman, que l’autrice a su rendre incroyablement vivante et émouvante.

Voici quelques avis des jurées du Prix Audiolib pour Les gens de Bilbao naissent là où ils veulent : Aurore, Azilis, Domi, Mylène.

Et comme les mots peuvent sembler parfois bien fades, rien de mieux qu’écouter un extrait pour se faire un avis.

Infos & Quatrième de couverture

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent de Maria Larrea
Éditeur : Audiolib – Parution : 20/09/2023 – 4h16min – ISBN: 9791035412531 – Lu par l’autrice.
📕En grand format chez Grasset, 2022
📗En poche chez Le Livre de Poche, 2024

Tout commence en Espagne. En juin 1943, une prostituée obèse de Bilbao donne vie à un garçon qu’elle confie aux jésuites. Plus tard, en Galice, une femme accouche d’une fille qu’elle abandonne aux sœurs d’un couvent. Les deux orphelins connaissent la misère et Franco mais se rencontrent, se marient, partent à Paris. La Galicienne devient femme de ménage, le Basque gardien du théâtre de la Michodière. Ils auront un enfant, Maria. C’est notre narratrice.
À vingt-sept ans, celle-ci croyait s’être arrachée à ses origines : la loge de ses parents, la violence de Julian et les silences de Victoria. Mais un tirage de tarot va renverser son existence et l’obliger à replonger dans le passé des siens. Pour comprendre de qui elle est la fille, elle devra enquêter et revenir là où tout a débuté, à Bilbao, où naissent les secrets.

Étourdissant de style, d’énergie et de vie, ce premier roman mené tambour battant nous embarque instantanément. Avec maestria, Maria Larrea y recompose pièce à pièce le visage de sa famille et le puzzle de sa mémoire. On court et rit et pleure ensemble. Une écrivaine est née.

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Cet article a 16 commentaires

  1. J’ai souvent un peu de mal avec les récits autobiographiques, mais, et celui-là le montre, c’est parfois très utile pour se remémorer certains morceaux de l’Histoire !

    1. Caroline

      Je suis comme toi Nath, et pourtant ça fait deux romans coup sur coup qui m’ont très agréablement surprise, celui-ci et Les enfants endormis d’Anthony Passeron, dont ma chronique est programmée pour lundi.

    1. Caroline

      Je te comprends Ge ! J’aimerais d’ailleurs découvrir un jour l’autrice dans sa casquette de réalisatrice.

  2. J’avais énormément aimé cette lecture. La version audio doit pour le coup être très authentique, étant lue par l’auteure elle-même. Ça doit se ressentir au niveau des émotions, j’imagine. En tout cas, ravie de voir que ce récit t’a plu. 🤩

    1. Caroline

      Je ne me serais pas tournée de moi-même vers ce livre s’il n’avait pas fait partie du Prix Audiolib, ça aurait été une belle erreur, car j’ai vraiment passé un très bon moment. En tout cas, je confirme que la version audio est top ! 😁

  3. Ludivine

    Je ne pense pas être forcément le public adéquat pour cette lecture mais on sent a travers ta chronique que les émotions sont présentes et que tu as passé un moment émouvant. Rien que les premiers instants de vie de Victoria et Julian ont dû être forts à lire, ces pauvres enfants rejetés dès leur naissance. Merci pour cette jolie chronique Caroline, comme toujours 🙂

    1. Caroline

      Je comprends Ludivine. Après, on apprend beaucoup de choses sur Bilbao à une certaine époque et j’ai trouvé ça passionnant.

  4. Je trouve très intéressante que l’autrice lise elle-même son roman qui semble offrir un émouvant voyage littéraire.

  5. Hedwige

    Encore un roman que tu rends alléchant alors que d’ordinaire, je ne suis pas friande du tout des autobiographies. Merci Caroline.

    1. Merci Hedwige ! Tu sais, je ne suis pas friande de récits autobiographiques, biographiques ou même de témoignages, et je n’aurais probablement pas ouvert ce livre sans le Prix Audiolib. Eh bien ça aurait été dommage, car j’ai vraiment passé un très bon moment d’écoute. Maria Larrea a su rendre son histoire vraiment passionnante et surtout, on apprend plein de choses sur Bilbao et sur toute une époque. Pour ma part, j’ignorais tout des faits racontés dans le livre. J’ai ressenti le même enthousiasme pour Les enfants endormis d’Anthony Passeron, vers lequel je ne me serais pas non plus penchée et pourtant, j’ai vécu quelques heures de grande émotion.

  6. Un roman qui m’attend dans ma pal. Merci pour ton retour Caroline.

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