Chronique – Pentalogie Le poids des secrets d’Aki Shimazaki

Le poids des secrets d’Aki Shimazaki – Pentalogie

Littérature contemporaine

Date de lecture : 28-31 oct. 2023

Aki Shimazaki est une autrice québécoise née au Japon, où elle a vécu presque trente ans avant d’émigrer au Canada. Écrite en français, sa pentalogie du Poids des secrets a reçu quelques prix, parmi lesquels le prix Ringuet, le prix Canada Japon ou encore le prix littéraire du Gouverneur général du Canada.

« Il y a des cruautés qu’on n’oublie jamais. Pour moi, ce n’est pas la guerre ni la bombe atomique. »

Le poids des secrets est une série de cinq courts romans chorals dont les titres rappellent tous une anecdote à propos des protagonistes : Tsubaki, Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru. Chacun d’eux nous plonge au cœur d’une même histoire mais selon un point de vue différent, avec toujours pour fil conducteur Yukiko et Yukio, deux protagonistes emblématiques de ce récit. C’est pourquoi j’ai choisi de parler de cette pentalogie en une seule et même chronique, car c’est une histoire familiale à lire dans son entièreté.

Dans leur enfance, au Japon, Yukiko et Yukio étaient voisins et amis. Leurs pères travaillaient pour la même entreprise, et ils ont grandi ensemble jusqu’à l’adolescence. Jusqu’à ce qu’une bombe nucléaire dévaste la ville de Nagasaki et bouleverse leur existence. Dans le premier récit, Yukiko, à la fin de ses jours, va révéler dans une lettre à destination de sa fille Namiko, pourquoi elle a tué son père, ce fameux jour où Nagasaki a été atomisé par les américains. « En fait, je voulais faire enterrer avec mon corps la vérité que je cachais. »

Les différents livres permettent de maintenir une part d’intrigue et de mystère, et de ne pas dévoiler trop rapidement les secrets qui unissent les personnages. Des secrets trop longtemps tus, qui pèsent sur la conscience de leurs gardiens et qui ont besoin d’être mis au jour pour libérer les générations suivantes. Plusieurs petites histoires qui se mêlent à la grande Histoire, celle de l’entre deux guerres, de la seconde guerre mondiale, et avec elle le traumatisme de la bombe nucléaire.

« Une seule bombe avait suffi à transformer la ville en un océan de flammes !
Des cadavres avaient flotté dans une rivière. Des gens encore vivants s’y étaient jetés pour échapper à la chaleur. D’autres, les yeux et les os saillants, avaient couru partout dans la rue en cherchant de l’eau. Ç’avait été comme une étable bloquée où les animaux tentaient de fuir l’incendie, mais en vain. »

Plusieurs sujets sont évoqués, tels que le poids des traditions dans ces anciennes familles nobles japonaises, la condition de la femme, le sort réservé aux coréens, le comportement des militaires japonais ou encore les enfants employés dans les usines. Des réalités dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce que je les découvre à travers ces pages.

Il est étonnant, selon les livres, de voir notre sentiment sur une même histoire évoluer. Au fil des récits, des voix et des angles, les évènements nous paraissent plus clairs. Tout s’emboîte et laisse apparaître les conséquences de ces secrets sur les destins de chacun.

« Kenji, n’oublie pas que tu es l’héritier de la famille Takahashi. Tu dois te comporter en enfant digne de nos ancêtres. »

Certains récits m’ont marquée profondément, notamment celui de Mariko (Tsubame), la mère de Yukio, qui est sans doute celui des cinq que j’ai trouvé le plus poignant. Mais aussi celui de M. Takahashi (Wasurenagusa), qui aborde une thématique considérée comme tabou à l’époque, la stérilité masculine.

Dans cette pentalogie extraordinairement passionnante, Aki Shimazaki nous plonge dans une intimité vraie et émouvante, avec une plume simple et poétique. Une œuvre à la fois délicate et tragique, à découvrir sans aucun doute !

T01. Tsubaki, Babel, 2005
T02. Hamaguri, Babel, 2007
T03. Tsubame, Babel, 2007
T04. Wasurenagusa, Babel, 2008
T05. Hotaru, Babel, 2009
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Cet article a 14 commentaires

  1. Je ne crois pas connaître ces livres, mais le concept (cinq livres, cinq points de vue sur une même histoire) m’interpelle. Et s’il y a un vrai contexte historique derrière, c’est encore plus intéressant. Merci pour la découverte !

    1. Caroline

      J’ai vu qu’elle a quelques pentalogies à son actif et je crois qu’elle utilise le même procédé chaque fois. En tout cas, je compte poursuivre ma découverte de cette autrice.

  2. J’aime bien cette idée de découvrir la même histoire sous plusieurs points de vue. Et j’aime beaucoup la douceur des couvertures aussi. Je ne connaissais pas mais je te remercie pour cette découverte 🙂

    1. Caroline

      Avec plaisir Ludivine ! Pour ma part, j’adore la littérature japonaise, mais je connais encore trop peu d’auteurs et d’autrices.

      1. Et ce ne sont pas les auteurs et autrices les plus mis en avant parmi ceux de la littérature étrangère, du moins j’ai l’impression. Je te souhaite de belles découvertes si tu en lis d’autres 🙂

  3. je lis je blogue

    Bonjour Caroline et bonne année ! J’ai beaucoup apprécié cette pentalogie et j’ai été surprise d’apprendre que l’autrice a appris le Français sur le tard puisque qu’elle écrit dans cette langue. Je pense poursuivre ma lecture avec ses autres séries

    1. Caroline

      Merci, bonne année à toi aussi ! 😊 J’ai vu en écrivant ma chronique qu’elle a effectivement appris le français après être arrivée au Canada et qu’elle tenait à écrire dans cette langue. Je compte aussi poursuivre ma découverte de cette autrice, grâce à une amie à moi qui a beaucoup de ses romans. Ma prochaine pentalogie sera sans doute « Au coeur du Yamato ».

      1. je lis je blogue

        Tu les lis donc dans l’ordre ? Je pense faire ça aussi.

      2. Pat0212

        Je connais très peu la littérature japonaise. Bon week-end

  4. Une oeuvre aux thèmes forts qui a l’air touchante. En voyant les couvertures, je me rappelle avoir le premier tome et Wasurenagusa. Tu penses que je pourrais lire ce dernier ou il vaut mieux lire les tomes précédents avant ?

    1. Caroline

      Eh bien tu vois, en écrivant ma chronique, je me disais justement que les tomes ne se suivent pas forcément, puisqu’ils racontent une même histoire sous des angles différents. J’ai bien envie de te dire qu’on peut les lire dans l’ordre qu’on veut, mais vu que tu as le premier, je te conseille tout de même de commencer par celui-ci car c’est lui qui plante le décor. J’ai beaucoup aimé Wasurenagusa, autant que Tsubame d’ailleurs. En tout cas, j’espère que tu auras l’occasion de les sortir de ta pal.

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