Chronique – America[s] de Ludovic Manchette et Christian Niemiec

America[s] de Ludovic Manchette et Christian Niemiec

America[s] de Ludovic Manchette et Christian Niemiec

Road trip

Ma note :  ★★★★★ / J’ai adoré

J’ai découvert Ludovic Manchette et Christian Niemiec, un jour d’octobre 2020, alors que je flânais dans les rayons à la recherche d’une nouvelle lecture. Mon regard avait été irrésistiblement attiré par la couverture et le titre de ce qui se trouvait être leur premier ouvrage, Alabama 1963. Il ne m’aura fallu qu’un rapide coup d’oeil au synopsis avant d’embarquer ce roman avec moi. Cette histoire a été un véritable coup de coeur !  Alors quand le duo Manchette/Niemiec a annoncé la parution d’un nouveau roman, je ne me suis pas posée la question, et j’ai foncé l’acheter sans même savoir de quoi il pouvait bien parler ! Est-ce que j’ai été emballée ? Absolument !

« Et toi ? Tu fuis ou tu vas quelque part ? »

America[s] n’est pas de ces histoires qu’on lit, mais plutôt de ces histoires qu’on vit. A peine installés, nous voici dans la peau de la jeune Amy, assise dans un bus en partance pour Los Angeles. L’adolescente n’a qu’un objectif, quitter Philadelphie pour rejoindre sa soeur Bonnie, partie jouer les playmates à la Mansion. Commence alors un road trip fabuleux, au coeur de l’Amérique des seventies, dans lequel nous allons croiser la route de personnages aussi attachants qu’extraordinaires.

« On nous regardait déjà comme si on était tous dingues, reprend Billy, mais depuis, on nous prend carrément pour des criminels, complètement dégénérés… Et quatre mois après, y a eu Altamont, le concert des Stones. J’y suis allé… Ça aurait dû être une grande fête, comme Woodstock, mais au lieu de ça, ça a été un cauchemar. »

Dix ans après les évènements d’Alabama 1963, c’est une tout autre Amérique qui s’ouvre à nous, celle des hippies, de la liberté et du rock américain. Cependant, on imagine bien que le monde n’a rien d’idyllique et que la philosophie du « peace and love » et du « flower power » ne fait pas exactement l’unanimité, surtout depuis Charles Manson. En ce sens, on est un brin inquiet pour cette adolescente, encore un peu une enfant, qui entreprend de voyager seule, sans presque rien en poche. D’autant plus qu’elle a le contact facile la jeunette, et un air candide ! Fort heureusement, elle se méfie assez pour changer d’âge et de prénom un nombre incalculable de fois, au gré de ses échanges. Rusée la demoiselle ! Il ne s’agirait pas de l’intercepter en cours de route, avant qu’elle n’ait pu retrouver sa soeur. Et il est évident qu’elle n’a aucune envie de retourner d’où elle vient. « Mes parents à moi, ils me voulaient pas. C’est ma mère qui me l’a dit un jour. Jusque-là, je croyais que j’étais une petite fille normale, mais non, je suis « un accident ». » De toute façon, il n’y a plus rien pour elle à Philly, pas même sa meilleure amie Sandy, avec qui elle aurait dû faire le voyage. Paix à son âme.

« Trace ton sillon, accroche-toi à tes rêves, et surtout… laisse personne t’emmerder ! »

Amy fait preuve d’une persévérance remarquable, et donne l’impression que rien ni personne ne pourra la détourner de son but. Sa spontanéité et sa fraîcheur la rendent véritablement attachante, et on espère qu’elle atteindra sa destination. Même si pour nous lecteurs, ce moment signera sans doute la fin de cette belle aventure. Dans ce périple à travers les Etats-Unis, la jeune héroïne va vivre des situations pour le moins insolites et rencontrer des figures mythiques, cela dit pas toujours très fréquentables. Toutes ces personnes ont un point de vue à partager et des répliques clés qui font sourire. J’ai adoré faire leur connaissance, et parfois même, j’ai eu envie de poser mes valises et de rester à jamais en leur compagnie. L’adolescente semble mûrir à chaque kilomètre parcouru, à chaque étape, à chaque rencontre. Elle se nourrit des autres et de ses propres expériences, elle qui, jusqu’à présent, n’avait pour repère que la vision paternelle du monde. Parce son père, « il déteste tout le monde… Même s’il a jamais rencontré de hippies, d’Indiens, de musiciens… » . « C’est vrai que [son] père ferait pas mal de se la fermer, des fois, et pas que sur le Vietnam. »

Les deux auteurs ont un talent indéniable pour faire vivre leur histoire. Leur écriture est telle qu’on visualise à la perfection les lieux, les protagonistes, les situations. Dès les premières lignes, Amy a pris forme dans mon esprit sous les traits d’Iris dans Taxi Driver1. Si leur personnalité est différente, elles ont sensiblement le même âge et la même tenue. La couverture du livre, magnifique, m’a sans doute beaucoup influencée. Quant aux autres, vous n’aurez aucun mal à vous les représenter, qu’ils soient célèbres ou non !

« Va là où tu es aimée »

America[s] est un roman qui dégage chaleur, bienveillance et espoir. Je suis ressortie de ma lecture le coeur gonflé d’amour et de la musique plein la tête ! Encore une fois, le duo Manchette/Niemiec m’a époustouflée, et je n’ai qu’une hâte, les retrouver pour une nouvelle histoire.

« Climb in back
Heaven’s waiting on down the tracks
Oh-oh come take my hand
We’re riding out tonight to case the promised land
Oh-oh Thunder Road oh Thunder Road »
Bruce Springsteen, Thunder Road, 1975

1. Taxi Driver est un film de 1976, réalisé Martin Scorsese. Iris est jouée par Jodi Foster.

Date de lecture : 12-15 mars 2022


Infos et Quatrième de couverture

America[s] de Ludovic Manchette et Christian Niemiec
Edition : Cherche Midi – Parution : 10/03/2022 – 284 pages – ISBN : 9782749173313

« Un road trip initiatique et sensible à travers l’Amérique par les auteurs d’Alabama 1963.
Philadelphie, juillet 1973. Voilà un an qu’Amy est sans nouvelles de sa grande sœur partie tenter sa chance au Manoir Playboy, à Los Angeles. Inquiète, la jeune adolescente décide de la rejoindre. Pour cela, il lui faudra traverser les États-Unis. Seule. Dans une Amérique de la contre-culture secouée par le scandale du Watergate et traumatisée par la guerre du Vietnam, elle croisera la route d’individus singuliers : vétéran, couple en cavale, hippies de la dernière heure, un Bruce Springsteen encore débutant, mais aussi une certaine Lorraine, autrefois serveuse à Birmingham, en Alabama…Dans ce deuxième roman, les auteurs d’ Alabama 1963 convoquent Sur la route, L’Attrape-cœurs, Le Magicien d’Oz ou encore Alice au pays des merveilles pour un road trip initiatique sensible et original. Une ode à l’amitié et à la liberté. »


Mes recommandations en rapport avec ce livre

America blues de Vincent Virgine
Pour le Road Trip à travers les Etats-Unis, l’aventure, les personnages et les rencontres incroyables. Un roman que j’ai beaucoup aimé et dont voici la chronique.

Alabama 1963 de Manchette/Niemiec
Véritable coup de coeur pour le premier roman du duo. Lire la chronique.

12 thoughts on “Chronique – America[s] de Ludovic Manchette et Christian Niemiec

  1. Je suis très attirée par ce roman : un road trip dans les années 6 et Springsteen que j’adore! Merci pour ton avis, je prend note de ce titre et j’ai hâte de le découvrir.

    1. Si tu aimes le Boss, ce roman pourrait bien te faire plaisir ! 😊 Si tu le lis, j’espère que tu passeras un excellent moment !

  2. Merci pour cette belle chronique, ça donne envie.
    J’ai aussi « Alabama 1963 » dans ma liste de mes envies 🙂
    Bonne journée !

  3. N’étant pas très amatrice de cette période, le roman ne m’aurait pas tentée mais ton avis me fait revoir mon jugement. L’héroïne a l’air incroyablement attachante et j’aime beaucoup cette idée qu’elle se nourrit de ses rencontres et des événements… J’espère qu’elle a atteint son but et retrouvé sa sœur même si j’ai l’impression qu’on est ici dans cette idée que le voyage importe (presque) autant que la destination.

    1. Tu as tout-à-fait saisi l’intérêt de ce roman Audrey ! C’est un voyage passionnant et rafraîchissant. Idéal pour rebooster son moral !

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