Chronique - Entre fauves de Colin Niel

Chronique – Entre fauves de Colin Niel

Entre fauves de Colin Niel

Thriller

LECTURE AUDIO – Roman lu par Thierry Blanc, Charlotte Campana, Alexandre Nguyen, Cyril Romoli

Roman lu dans le cadre de ma participation au Prix Audiolib 2023.

Date de lecture : 31 janv.-2 fév. 2023

J’avais repéré ce roman lors de sa sortie audio en décembre dernier, grâce à sa sublime couverture. Une majestueuse tête de lion accompagnée d’un titre évocateur, “Entre fauves”. La quatrième m’a laissé entrevoir un thriller d’une grande force, qui m’a aussitôt rappelé un autre du même genre, “Animal” de Sandrine Collette, que j’avais adoré.

“Entre fauves” est un roman à quatre voix, quatre personnages avec lesquels on va entrer en résonnance, changer successivement de peau, pour vivre encore plus intensément cette histoire. Un thriller qui nous emmène dans les Pyrénées et la Namibie, entre montagne enneigée et désert aride, mais entre fauves surtout.

Charles est le premier protagoniste à prendre la parole, lui le vieux lion du désert, réputé roi d’entre tous les fauves, mais désormais seul et sans royaume. Là-bas, dans sa Namibie natale, banni de son groupe, Charles doit lutter pour sa survie, et pour cela, il n’a d’autre choix que d’approcher des zones interdites.

Martin est l’un des gardes du parc national des Pyrénées, un fervent défenseur de la nature et de la cause animale, qui voue une haine féroce aux chasseurs. Alors que Cannellito, le dernier ours de souche pyrénéenne, n’a pas pointé le bout de son museau depuis un petit moment, Martin est persuadé qu’un chasseur est à l’origine de sa disparition. Un fait de trop, la goutte d’eau qui va faire déborder le vase et sauter sa soupape de sécurité.

Nous découvrons un homme habité par une rage intérieure, une colère appuyée envers tous ceux qui soutiennent la chasse ou la tolèrent. Impuissant à changer les choses, bridé par sa hiérarchie, il trouve du réconfort grâce à un groupe Internet rassemblant des personnes aux mêmes idées que lui. Leur principale quête, dénicher et dévoiler au monde entier les identités de ces chasseurs et chasseresses, posant avec leurs “trophées” sur les réseaux sociaux. La dernière en date montre une jeune fille au regard sauvage, un arc à la main, posant à côté d’un lion mort. Une Diane Chasseresse des temps modernes, qui ne sera pas si facile à débusquer.

Si j’ai entendu et souvent partagé sa colère, je n’ai toutefois pas apprécié l’homme. Un homme que j’ai senti au bord du précipice, enfiévré et obsessionnel. Un tempérament sans nul doute à l’origine de la tension qui se joue dans ces pages, de l’angoisse sourde qui nous tenaille tout au long de l’histoire. Jusqu’où ce fauve-là est-il prêt à aller pour défendre sa cause ?

Avec “Entre fauves”, l’auteur se frotte à des sujets délicats, soulève des interrogations légitimes, révèle ce qu’il y a de moins beau dans la nature humaine. Malgré tout, c’est un récit nuancé qui démontre que nous sommes des êtres vivants complexes, avec nos peurs, nos besoins, nos désirs.

Contre toute attente, le personnage d’Apolline est celui que j’ai trouvé le plus intéressant mais aussi le plus subtil. Cette jeune femme de milieu relativement aisé, m’a surprise par son calme et sa maturité. On est loin de l’image cruelle que laisse imaginer le fameux cliché qui circule sur le Web. Sa passion ? La chasse à l’arc. Pour ses vingt ans, son père lui a offert un arc à poulies et l’occasion de partir avec lui à la chasse au lion. Pour cela, direction l’Afrique, la Namibie plus précisément, où des organisateurs spécialisés vont l’emmener traquer son fauve.

D’ailleurs, le fauve en question fait des ravages ces derniers temps. Il a décimé tout un troupeau de chèvres, quatre-vingt-treize exactement, affamées et assoiffées. Car la sécheresse qui sévit dans les plaines du Kaokoland oblige les bergers Himbas à transhumer plus tôt, plus loin. Jusqu’à la tragédie. Une tragédie qui sonne comme un déshonneur, surtout pour Kondjima, dont le père a failli à sa tâche, par peur ou par lâcheté. Alors c’est lui qui tuera le fauve, comme le faisaient ses ancêtres avant lui pour protéger leurs troupeaux. Il tuera le fauve, il sauvera l’honneur de sa famille et il épousera la fille du Chef.

Mais de chasseur à proie, il n’y a souvent qu’un pas… Entre ceux qui tuent pour survivre, pour le plaisir, par vengeance ou par colère, la traque est inévitable, et l’issue, incertaine. Une traque grisante, un psychotrope puissant qui rend fébrile et tient le lecteur en haleine. Il ne reste qu’à oublier ses certitudes et se laisser porter par l’intrigue.

“Entre fauves” est sans aucun doute un thriller, avec son histoire qui s’installe pas à pas, puis la tension qui enfle, l’adrénaline qui s’invite et le doute qui nous tenaille, jusqu’au dénouement, remarquable !

Mon avis sur la version audio :

Pour interpréter ces quatre personnages, la version audio nous offre quatre narrateurs, Cyril Romoli, Thierry Blanc, Charlotte Campana et Alexandre Nguyen. Chaque interprétation est véritablement habitée, travail de comédiens accomplis qui ont su capter la personnalité de leurs protagonistes et retranscrire toute leur complexité. J’ai entendu la fièvre et l’obsession de Martin, la jeunesse d’Apolline, l’obstination de Charles et la passion de Kondjima. Il est rare que j’apprécie les romans à plusieurs voix, car souvent je trouve que cela ne colle pas, ce qui a tendance à me sortir de l’histoire. Mais là, j’ai été absolument conquise par l’harmonie qui règne entre les différents lecteurs. Et il faut bien le dire, il y a des timbres de voix qui me transportent dès le premier mot, c’est le cas de Thierry Blanc et Cyril Romoli.

Et comme les mots peuvent sembler parfois bien fades, rien de mieux qu’écouter un extrait pour se faire un avis.


Infos et Quatrième de couverture

Entre fauves de Colin Niel
Édition audio : Audiolib – Parution : 07/12/2022 – Durée : 9h05min – ISBN/ASIN: 9791035411947 – Lu par : Thierry Blanc, Charlotte Campana, Alexandre Nguyen, Cyril Romoli – Genre : Thriller.

« Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des derniers ours. Mais depuis un an et demi, on n’a plus trouvé la moindre trace de Cannellito, le seul plantigrade avec un peu de sang pyrénéen qui fréquentait encore ces forêts, pas d’empreinte de tout l’hiver, aucun poil sur les centaines d’arbres observés. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal. L’histoire des hommes, n’est-ce pas celle du massacre de la faune sauvage ? Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas. Et rien de ce qui s’est joué, quelques semaines plus tôt, en Afrique. Entre chasse au fauve et chasse à l’homme, vallée d’Aspe dans les Pyrénées enneigées et désert du Kaokoland en Namibie, Colin Niel tisse une intrigue cruelle où aucun chasseur n’est jamais sûr de sa proie. Quatre comédiens portent ces histoires croisées avec brio. »


L’avis des autres membres du Jury Audiolib

Parce que nous n’avons pas toujours les mêmes ressentis ou la même façon de parler d’un livre, voici quelques avis de mes collègues jurées.

  • Azilis a eu un coup de coeur pour ce roman. Lire sa chronique.
  • Aude, du blog Aude Bouquine, a trouvé cette « lecture audio poignante ». Lire sa chronique.
  • Claudia, du blog « Les lectures de Claudia », a trouvé ce polar « intelligent et incisif ». Lire sa chronique.

 

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Cet article a 11 commentaires

  1. Peut-être que ce roman va me réconcilier avec le thriller français (j’ai des doutes quand même). Mais ta chronique me laisse un peu d’espoir 😉

    1. Caroline

      😂Je n’avais pas vu ton commentaire Maeve ! J’ai abandonné tout espoir de te voir apprécier un thriller français, cela dit j’espère quand même que tu apprécieras ton écoute.

  2. Et bien, il m’intriguait déjà beaucoup mais là tu m’as convaincue, je le note plutôt deux fois qu’une ! Dommage que tu n’ais pas adhéré au personnage de Martin, mais apparemment Apolline a su te plaire, et je suis curieuse concernant l’image de chasseuse qu’elle renvoie et sa personnalité dans la vie de tous les jours. Merci pour cette chronique passionnée qui laisse entrevoir un roman intense !

    1. Caroline

      J’ai trouvé assez intéressant que l’auteur joue avec les codes des « gentils » / « méchants ». Tout est plus compliqué que ça, car nous sommes des êtres humains. C’est pourquoi le thriller fonctionne si bien.

  3. Il me tente depuis sa sortie et ton avis me donne encore plus envie de le découvrir. Je trouve très original de donner la parole à un lion et de confronter différents personnages mus par des instincts contraires.

    1. Caroline

      Oui, d’autant que la voix du lion… je l’adore ! 😁 Un bon thriller, nuancé et franchement addictif dans la seconde moitié.

    1. Caroline

      Je suis bien d’accord, les quatre narrateurs sont vraiment talentueux !

  4. Je suis complètement d’accord avec toi : le roman est superbe et la version audio lui rend parfaitement hommage !

    1. Caroline

      Pour ma part, je suis assez frileuse quand je vois plusieurs narrateurs pour un livre, et parfois ça me dissuade même de tenter l’expérience. Mais là, j’ai été très agréablement surprise par la cohésion entre les narrateurs. Surtout que les voix collent parfaitement. Et puis j’ai spécifiquement adoré Cyril Romoli, que je découvrais pour la première fois, et Thierry Blanc, que j’avais déjà adoré dans Billy Summers.

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