Chronique – Les survivants d’Alex Schulman

Les survivants d'Alex Schulman

Les survivants d’Alex Schulman

Contemporain, Drame

Ma note :  ★★★★★ / J’ai adoré

Soyez sympas, rembobinez !

Lorsque Babelio m’a proposé ce roman lors d’une opération masse critique, j’ai tout de suite été emballée par son résumé. J’adore ces histoires de famille, souvent pleine de secrets ou de non-dits, où l’on sait d’avance qu’un drame s’est produit ou va se produire. Mon imagination fertile s’est enflammée pour la couverture, où trois garçons débordant de vie affichent un air heureux. Cette lecture a été une véritable réussite et, fait assez rare pour être souligné, son dénouement a su me surprendre et me scotcher !

« C’est là qu’un jour tout a commencé, et c’est là que tout a fini. »

Nils, Benjamin et Pierre retournent dans leur ancienne maison d’été pour y répandre les cendres de leur mère. Un lieu chargé de souvenirs pour ces trois frères qui, un jour fatidique, ont quitté brutalement le monde de l’enfance. Mais il est parfois vital de se souvenir pour retrouver sa liberté, effacer le traumatisme.

Dans la quiétude d’une nuit d’été, nous assistons à une violente bagarre entre frères. Cela arrive les bagarres entre frères. Après tout, ils sont en deuil. Leur mère est décédée et ils se retrouvent dans cet endroit qui, aussi beau soit-il, symbolise la fracture. Une maudite fracture, toujours là, irréparable. Car ces frères ne sont pas aussi soudés qu’ils devraient l’être. Comme un révélateur, l’endroit agit sur leur mémoire, surtout sur celle de Benjamin, le cadet. Peu à peu, il se souvient de ce qui s’est passé vingt ans auparavant. De ces souvenirs naît l’émotion.

« Il a vécu toute sa vie d’adulte en suspens, entre parenthèses pour ainsi dire, et là, le cœur pulsant dans sa poitrine, il est pris d’une curieuse euphorie, celle d’être capable de faire ce qu’il fait et d’en avoir la force, ou peut-être surtout : la volonté. »

Je me suis prise d’affection pour ces frères, mais finalement surtout pour Benjamin. Dans une fratrie, il n’est pas toujours facile d’être celui du milieu. Ce garçon semblait vouloir attirer l’attention et regorgeait d’idées pas toujours très bonnes. D’un côté, il y avait Benjamin et Pierre, souvent ensemble, un peu comme les deux doigts de la main. De l’autre, il y avait Nils, un peu plus âgé, un peu plus posé, un peu à l’écart de cette « maison de fous ». Une fratrie comme il en existe tant d’autres, avec ses rivalités et ses alliances. Et puis, il y avait les parents, souvent « absents », de passage entre deux siestes ou deux verres d’alcool. Une famille quelque peu dysfonctionnelle. Une mère lunatique, extrême dans ses attitudes, perturbante. Un père tantôt chaleureux, passif ou coléreux.

« Les frères avaient reçu une éducation propre à un milieu social supérieur, mais dans des conditions d’existence inférieures au minimum vital, en quelque sorte. Élevés comme des aristocrates, dressés à toujours se tenir droits comme des i, à faire leur prière avant chaque repas et à serrer la main de papa et de maman avant de quitter la table. Mais il n’y avait pas d’argent, ou plutôt on dépensait très peu d’argent pour les enfants. »

On ressent combien il est difficile pour Benjamin d’extirper ces souvenirs de sa mémoire, de s’obliger à les revivre. Parfois le temps se distend, lui faisant perdre ses repères. Un malaise à la fois physique et sensoriel, qui nous oppresse. Dans ce récit, la joie, éphémère et vaporeuse, ne nous étreint pas longtemps, et laisse rapidement place à des sentiments plus étouffants. Alors on espère le salut, pour eux tous, pour continuer.

Dans cette narration originale qui débute par la fin de l’histoire, Alex Schulman mélange avec brio les temporalités. Une construction qui dessine avec acuité le drame qui se profile. Un récit à la fois lent et douloureux, qui nous plonge dans un suspense angoissant. Quand vient la chute, c’est le drame, littéralement. Il faut enregistrer l’information, l’accepter. Une fois la surprise du dénouement passée, je n’ai pu m’empêcher de vouloir revenir sur le livre, de relire une nouvelle fois certains passages, tel un petit poucet avec ses cailloux.

Les survivants est un roman admirablement bien écrit et construit, d’une intensité saisissante. Une histoire qui laissera son empreinte dans ma mémoire.

Je remercie Babelio et les éditions Albin Michel pour l’envoi de ce roman.

Date de lecture : 7-10 janv.2022


Infos et Quatrième de couverture

Les survivants d’Alex Schulman
Edition : Albin Michel – Parution : 05/01/2022 – 304 pages – ISBN : 9782226460004

« « Benjamin presse le téléphone contre son oreille. Pourquoi ne peut-il intervenir ? Il regarde à travers la vitre. Il voit tous les coins où il jouait, enfant. C’est là qu’un jour tout a commencé, et c’est là que tout a fini. Il ne peut pas intervenir parce qu’il est resté figé ici et n’a jamais pu en bouger depuis ce jour. Il n’a pas dépassé neuf ans et là-bas des adultes sont en train de se battre, ses frères qui, eux, ont continué à vivre. »

Benjamin, Pierre et Nils sont venus accomplir les dernières volontés de leur mère : répandre ses cendres dans le lac qui borde leur maison d’enfance, non loin d’une épaisse forêt de sapins comme on en trouve en Suède. Là où, vingt ans auparavant, un drame a changé le cours de leur existence.

Alliant la beauté d’une narration littéraire à un sens magistral du suspense, Les Survivants est un récit intense, sombre et sensuel sur l’enfance, ses secrets et ses drames. Personnalité reconnue en Suède et dans les pays scandinaves, Alex Schulman déploie dans ce premier roman salué par la critique un talent aussi singulier que puissant. »

6 avis sur “Chronique – Les survivants d’Alex Schulman

  1. Je vais lire ce roman. Il est tout en haut de ma PAL. Quelle chance de l’avoir reçu en service presse. Je découvre votre blog. il est très beau. La présentation, vos critiques très réussies, le choix des livres.. Bravo et surtout merci !

    1. Merci beaucoup, ça me fait plaisir ! 😊
      En ce qui concerne Les Survivants, j’ai vraiment été très contente qu’on me le propose. C’est un roman qui m’a marquée.

  2. Cette histoire semble t’avoir vraiment plu ! J’aime beaucoup les histoires mettant en scène des fratries, avec son lot de secrets et de souvenirs. Merci pour cette idée !

    1. J’ai trouvé la construction du livre parfaite pour éveiller l’intérêt et captiver le lecteur. Le personnage de Benjamin est vraiment touchant. Un roman qui vaut le détour.

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