Florida d'Olivier Bourdeaut

Florida d’Olivier Bourdeaut

Contemporain

Ma note :

« Je n’ai plus beaucoup d’amour pour le genre humain, et comme j’en fais partie, je n’ai pas beaucoup d’amour pour moi. »

Voici un livre que j’avais envie de découvrir depuis sa sortie, très intéressée par le sujet. J’ai toutefois été agréablement surprise, car ce roman n’est pas seulement une critique d’un fait sociétal, comme je le pensais, mais avant tout une histoire, celle de Florida.

Enfant, Florida était Elizabeth, une petite fille « très belle » et « pas trop bête ». Sa mère, dite « Reine mère » décide, l’anniversaire de ses sept ans, de l’envoyer régulièrement en pâture à des jurys en espérant, un jour, la voir monter sur le trône. C’est ainsi que cette fillette grandit trop vite, et troque rapidement son insouciance contre des shoots « de gloriole en intraveineuse ». Aujourd’hui adulte, elle revient sur sa longue descente aux enfers, guidée par la rancœur et la vengeance. Elle nous conte sa vie, avec perspicacité, de l’absurdité de son enfance à l’instabilité de son présent.

La première partie du roman m’a aidée à comprendre l’esprit sarcastique de Florida. J’ai éprouvé sa détresse et sa rage, et je n’ai pu m’empêcher de vouloir la soutenir. L’image qu’elle offre de ses parents est terrible. J’ai ressenti beaucoup de colère vis-à-vis de cette mère, mais aussi de ce père, faible, le « Valet » de la « Reine », qui n’a pas hésité à la « sacrifier pour son confort ». Les bouleversants défilés de ces mini-miss m’ont fendu le cœur. Le regard de ces jurés m’a dépitée. Le côté « dégueulasse » de ces concours, les gens à qui cela profite, tout ceci m’a indignée. La personnalité de Florida a été façonnée, malgré elle, par ce culte de l’esthétique, lui insufflant haine et désir d’autodestruction. C’est ainsi, qu’elle malmène son corps, passant par différentes étapes de souffrance, physique et morale.

La plume d’Olivier Bourdeaut est superbe, acérée et indélicate. Elle colle à la perfection à son personnage. J’ai rarement lu des romans pour lesquels j’ai relevé autant de citations. Des phrases marquantes, toutes importantes, toutes efficaces. Les mots sont percutants, forts, brutaux et choisis avec soin, même si, parfois, j’ai regretté que l’auteur s’enlise dans la répétition. Et c’est le seul bémol qui fait que ce roman n’a pas été un coup de cœur, cette haine un peu redondante qu’exprime la narratrice.

Extrait

« Ne trouvez-vous pas cocasse que dans un pays de gagnants, ma malédiction soit d’avoir un jour gagné ? Pas n’importe quel jour, celui de mes sept ans. Ma mère me disait que j’étais très belle et que je n’étais pas trop bête. L’ordre des compliments est important, la forme aussi. J’étais très belle, une affirmation. Je n’étais pas trop bête, une négation. »

Voir également l’article Extrait de… Florida d’Olivier Bourdeaut.

Infos
Editeur : Finitude Editions
Parution : 04/03/2021
256 pages
ISBN : 9782363391469
Quatrième de couverture
« Ma mère s’emmerdait, elle m’a transformée en poupée. Elle a joué avec sa poupée pendant quelques années et la poupée en a eu assez. Elle s’est vengée. »

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