Malevil de Robert Merle

Malevil de Robert Merle

Anticipation, post-apocalyptique

Ma note :

« L’homme, c’est la seule espèce animale qui puisse concevoir l’idée de sa disparition et la seule que cette idée désespère. Quelle race étrange : si acharnée à se détruire et si acharnée à se conserver. »

Entre Malevil et moi, c’est une histoire compliquée, à la fois mitigée et passionnée. J’ai été très enthousiasmée par le début du roman, l’écriture de l’auteur, la mise en scène, les personnages. Puis, j’ai vécu une sorte de passage à vide avant de reprendre ma lecture et de terminer cet ouvrage sur une note plutôt positive. Je reste malgré tout freinée par quelques bémols, que je vais également tenter d’exprimer dans cette chronique.

Paru pour la première fois en 1972, Malevil est un récit post-apocalyptique, assez réaliste pour permettre au lecteur de se projeter avec succès dans cette histoire. L’action se déroule dans la France de 1977, plus particulièrement à Malevil, château situé non loin des villages de Malejac et de La Roque. Alors qu’une explosion vient de dévaster le monde, nous allons suivre un groupe de survivants, dont Emmanuel, propriétaire du château et principal narrateur du roman.

Cela dit, Robert Merle n’entre pas de but en blanc dans son sujet. Il instaure, avec soin, le décor de son village, les conflits politiques existants, les relations entre les différents personnages, les surnoms, les rumeurs. Bref, la vie quotidienne d’un village de campagne. Il tisse un lien entre le lecteur et ses futurs protagonistes. Une partie essentielle et très intéressante.

Le récit étant raconté du point de vue d’Emmanuel, ce dernier semble doté de bien des qualités. Nous avons l’image d’un homme brillant, juste, réfléchi, excellent orateur, chef de troupe par la force des choses. Mais au fil des jours, et suivant l’ajout de notes apportées par un autre personnage, l’image de ce dernier devient plus nuancée, le ramenant à sa condition d’être humain, avec ses atouts et ses faiblesses.

L’auteur excelle dans l’art du portrait, et la personnalité de chaque survivant est particulièrement travaillée. Sans surprise, je me suis attachée à certains d’entre eux, dont Momo, qui nous offre des réactions spontanées, souvent irréfléchies mais d’une sincérité touchante.

« C’est un magnifique animal humain, cette future mère des hommes. »

J’émets cependant une réserve concernant les personnages féminins, que je n’ai absolument pas trouvé crédibles, du moins pour la plupart. J’en viens ainsi à mon premier bémol. Le rôle des femmes dans cette nouvelle société en construction me semble très rétrograde. Les femmes âgées sont reléguées aux classiques tâches ménagères et leur voix ne compte pas. Certes, chacun doit jouer un rôle et je conçois que leur âge limite les possibilités. Mais, de là à faire des conciliabules entre hommes et des prises de décision sans elles ! Quant aux autres, ce sont toutes de belles jeunes femmes, prêtes à faire plaisir à ces messieurs, la plus « généreuse » d’entre elle étant muette. Certains propos sont assez maladroits. Le second bémol fait suite au premier. L’auteur justifie souvent les agissements de ses personnages masculins envers ses personnages féminins par la fin du monde, une certaine forme de nécessité. Ces derniers sont obnubilés par le fait d’avoir une femme dans leur lit. Mais je m’interroge, quand on vient de vivre une expérience aussi traumatisante, est-ce réellement une priorité ?

Malgré tout, il faut bien avouer que Malevil est brillamment raconté, porté par une belle écriture, où le patois apporte un certain réalisme. Un récit qui ne s’essouffle pas, malgré la taille conséquente du roman. Survivre dans un monde dévasté, appréhender la perte de ses proches, organiser une nouvelle communauté et sentir poindre la menace. Car la menace, comme bien souvent, est humaine. Dès lors, une tension palpable s’insinue, et les anciennes coutumes reprennent le dessus. Les strates sociales se recréent, la loi du plus fort, les conflits armés et c’est reparti pour un tour. Contre toute attente, et malgré les quelques bémols qui ont entaché ma lecture, j’ai eu peine à quitter tout ce petit monde.

Un roman de qualité, marquant, à juste titre, et que je conseille à tous les amateurs de récits post-apocalyptiques ou d’anticipation.

🍁Pumpkin Autumn Challenge 2021 – Automne enchanteur – Nom d’une dune🍁

Date de lecture : 16-25 oct. 2021

Extrait

« Dans la société de consommation, la denrée que l’homme consomme le plus, c’est l’optimisme. Depuis le temps que la planète était bourrée de tout ce qu’il fallait pour la détruire – et avec elle, au besoin, les planètes les plus proches –, on avait fini par dormir tranquille. Chose bizarre, l’excès même des armes terrifiantes et le nombre grandissant des nations qui les détenaient apparaissaient comme un facteur rassurant. De ce qu’aucune, depuis 1945, n’avait encore été utilisée, on augurait qu’on n’oserait et qu’il ne se passerait rien. On avait même trouvé un nom et l’apparence d’une haute stratégie à cette fausse sécurité où nous vivions. On l’appelait « l’équilibre de la terreur ». »

Infos
Editeur : Gallimard
Parution : 03/03/1983
635 pages
ISBN : 9782070374441
Quatrième de couverture
« Une guerre atomique dévaste la planète, et dans la France détruite un groupe de survivants s’organise en communauté sédentaire derrière les remparts d’une forteresse. Le groupe arrivera-t-il à surmonter les dangers qui naissent chaque jour de sa situation, de l’indiscipline de ses membres, de leurs différences idéologiques, et surtout des bandes armées qui convoitent leurs réserves et leur  » nid crénelé  » ? »

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