Chronique – Criminal Loft d’Armelle Carbonel

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Criminal Loft d’Armelle Carbonel

Thriller

Ma note : ★★★ / J’ai aimé

Suite à l’élogieuse chronique de Ludivine, du blog Vingt et une pages, j’ai eu envie de me plonger dans ce thriller d’Armelle Carbonel. J’ai découvert l’autrice avec Sinestra, que j’ai adoré et dont la plume m’a totalement séduite.

Vous serez peut-être amusés de savoir que j’ai commencé ce roman le jour où je suis partie en vacances. Le hic, c’est que je logeais dans une très ancienne maison d’un petit hameau de montagne (donc selon mon raisonnement imparable, forcément hantée). Mon imagination me jouant des tours (ou pas, qui sait), j’ai été incapable de lire ce roman dans de telles conditions et j’ai préféré le délaisser temporairement pour Les détectives du Yorkshire, beaucoup plus léger. C’était la p’tite anecdote du jour !

Huit psychopathes condamnés à mort vont participer à une émission de télé-réalité destinée à sauver l’un d’entre eux de la peine capitale. Enfermés dans l’ancien sanatorium de Waverly Hills, ils vont devoir convaincre le public qu’ils sont capables de se réadapter à la société.

« Une preuve, démontrant la culpabilité d’un des sept autres candidats, a été dissimulée dans le sanatorium. Vous avez six jours pour la découvrir afin qu’elle soit révélée au public lors du premier prime time. Passé ce délai, l’indice sera détruit et vous serez nominé d’office pour l’élimination de la semaine 2. Avez-vous intégré l’enjeu de votre mission ?
Une mise à mort.
Ni plus, ni moins. »

Je me suis plongée avec succès dans l’ambiance glauque de ce roman au sujet aussi immoral que malaisant. Dès les premières lignes, nous sommes dans la tête d’un des plus dangereux psychopathes des États-Unis. Preuve en est, même les autres condamnés de la sélection le craignent. Il faut dire qu’il est fin observateur, et ancien psychiatre de surcroît. Ses pulsions sadiques, qu’il arrive à maîtriser en apparence, font grandement monter la tension. Car l’une des règles est claire, toute forme de violence physique est interdite, sous peine d’être éliminé du jeu et de voir par la même s’envoler la remise de peine tant escomptée.

Les hallucinations dont sont victimes les « candidats » donnent lieu à des sueurs froides, surtout quand on connaît le passé terrifiant du lieu le plus hanté des États-Unis. Il faut dire qu’American Horror Story Asylum est passé par là, et il ne manque plus que la petite ritournelle de l’horreur « Dominique, nique, nique » pour que je tourne de l’oeil. L’énigmatique Voix de l’Ombre et ses comptes à rebours rajoutent une angoisse oppressante, à la fois pour les « candidats » et pour les lecteurs.

Les autres condamnés sont tout aussi flippants, et j’ai apprécié le fait qu’on n’apprenne pas immédiatement la raison de leur enfermement. Il faut attendre les éliminations pour cela, ce qui rend le roman très addictif, faisant de nous des voyeurs tout aussi indécents que les spectateurs de cette cynique émission télévisuelle. Une « humanité » écoeurante, qui prend son pied en observant d’un œil avide ces criminels, à toute heure du jour et de la nuit. La vie à portée de main, un vote, et nous voici juges et bourreaux, heureux détenteurs du pouvoir de vie ou de mort sur autrui.

« Les créateurs de ce jeu seraient-ils encore plus pervers que nous-mêmes ? Jusqu’où iraient-ils pour satisfaire l’appétence malsaine du public ? »

La fascination pour ces êtres extrêmement dangereux, dénués d’empathie et manipulateurs, est perturbante. Mention spéciale aux collectionneurs et autres groupies infâmes qui occupent les plateaux. Ce malaise est accentué par le jingle et le ton enjoué de Ken et Barbie lors des Prime Time. Et pour augmenter encore l’audimat, il n’y a qu’à plonger davantage dans l’immoralité avec une dernière épreuve que j’ai trouvé particulièrement abjecte ! Il est ironique de constater que, de l’autre côté du mur, l’humain est aussi cruel que ceux dont les pulsions ouvertement affirmées le scandalisent. De la raison à la folie, il n’y a qu’un pas.

Une nouvelle fois, Armelle Carbonel m’a remuée avec ce thriller cynique et dérangeant. Même si, étrangement, j’ai trouvé ce roman moins malaisant que Sinestra, qui m’a perturbée longtemps et continue encore à me perturber.

Date de lecture : 16-22 août 2022


Infos et Quatrième de couverture

Criminal Loft de Armelle Carbonel
Edition papier : Bragelonne – Parution : 18/11/2016 – 480 pages – ISBN : 9782811218300
🎧 Également disponible en audio chez Hardigan et lu par Nicolas Justamon.

« Huit condamnés à mort ont été sélectionnés.
Chaque semaine, en direct, vous avez le pouvoir de les éliminer.
Un lieu : le sanatorium de Waverly Hills, dans le Kentucky, aux États-Unis. Entre ses murs doit se dérouler le show de TV-réalité le plus extrême de l’histoire. Huit tueurs y sont enfermés, prêts à tout, surtout le pire, pour convaincre des millions de spectateurs qu’ils méritent de vivre. Leur destin est suspendu à l’envoi d’un simple SMS… Entres psychopathes un ordre froid s’établit. Jusqu’à ce qu’un corps soit retrouvé sans vie dans la chambre 502, où pourtant personne n’avait le droit d’entrer…
Préface de Laurent Scalese
À l’heure de la transparence, où nous vivons en live, on line et par écrans interposés, Armelle Carbonel interroge notre monstruosité. Peut-on éliminer un homme, quel qu’il soit, d’un simple SMS ? Net, lipide et palpitant, Criminal Loft est un véritable page-turner. »


Mes recommandations en rapport avec ce livre

Les enfants sont rois de Delphine de Vigan
Pour le côté télé-réalité et dérives de la société.

Pandemonium de Bec & Raffaele (BD)
Pour le sanatorium de Waverly Hills. Attention, on est clairement dans l’horrifique avec cette BD.

Cet article a 12 commentaires

  1. Ludivine m’a donné très envie de découvrir ce roman également ! 🙂 Et tu me rends curieuse de Sinestra…

  2. Oh la la Caroline, je ne peux que être d’accord avec tout ce que tu écris dans cette chronique !
    Je me réjouie de voir que tu as également pensé à la saison 2 de American Horror Story, l’ambiance rappelle clairement cette série, c’est d’ailleurs les images de ce lieu que j’avais en tête lors de ma lecture. Je ne sais pas si tu t’intéresse un peu aux affaires criminelles, mais je me demandais si tu avais, toi aussi, fais le rapprochement entre le personnage de Aileen et d’une criminelle ayant réellement existée du même nom ? En tout cas, je suis contente que ce roman t’ai plu, vraiment. 😃 Mais je comprend ton ressenti vis-à-vis de Sinestra, c’est une atmosphère différente, et dans Sinestra j’avais été remuée par le fait qu’il y ait des enfants dans l’histoire je crois, et l’univers avait quelque chose de très poisseux, étouffant.
    Merci beaucoup pour le lien vers mon article, c’est adorable ! 😊 Pour ta petite anecdote, je crois que j’aurais fait comme toi, trop peureuse pour continuer dans un tel environnement. 😁

    1. Caroline

      Ah oui, j’avais carrément les images de AHS Asylum quand j’ai lu le nom de Waverly Hills ! Sinon, je ne m’intéresse pas vraiment aux affaires criminelles, mais je suis allée voir suite à ton commentaire. Effectivement, l’autrice a dû s’inspirer de cette Aileen pour son personnage. Quant à Sinestra, c’est vrai que le fait qu’il y ait des enfants au centre de ce roman a beaucoup joué dans mon ressenti. C’est un livre que je n’oublierai pas de sitôt !

      1. Oui, je pense qu’elle s’en ai fortement inspiré, peut-être pour donner du poids à ce personnage qui a une grand place au sein du Loft. Je suis d’accord pour Sinestra, c’est un roman qu’on oublie pas, c’est clair. 🤭 Je ne sais pas si tu as lu L’empereur Blanc, mais je te le conseille aussi, on n’est pas dans le même genre d’ambiance que Sinestra mais il y a ce mélange de passé, de légendes et de noirceur qui le rend tout aussi chouette à lire. 😊

  3. Céline

    Je viens de voir une chronique au sujet de ce livre qui m’a aussi donné envie de le découvrir 🙂

    1. Caroline

      Eh bien j’espère que tu passeras toi aussi un bon moment de lecture Céline.😊

  4. Light And Smell

    L’avis de Ludivine m’avait aussi donné envie de découvrir ce thriller. Je ne l’ai pas encore lu mais je ne doute pas d’être saisie par cette ambiance malsaine…

    1. Caroline

      En tout cas, celui-ci m’a donné envie de lire ceux que je n’ai pas encore lus. L’empereur blanc sera mon prochain choix dans sa bibliographie.

  5. Hedwige

    A vrai dire ce roman n’a pas tout pris avec moi, d’abord par le ridicule de voir des criminels dangereux sortir de prison pour aller participer à un jeu sadique, jeu offert à un public dont on excite ainsi les pulsions sadiques. C’est non seulement absurde mais extrêmement malsain comme tu le soulignes très justement.
    Avec ça l’écriture est très moyenne
    Merci pour ton article magistral comme d’habitude

    1. Caroline

      Je comprends tout-à-fait ton point de vue Hedwige. Pour ma part, je pense qu’avec les émissions de téléréalité toujours plus insipides année après année, on sera peut-être un jour capable d’en arriver à de telles extrêmes sans que cela ne choque plus personne. L’autrice pousse l’aberration à son paroxysme et j’ai trouvé ça original. Quant à l’écriture, elle n’est pas aussi belle et puissante que dans Sinestra mais elle fonctionne plutôt bien. Je crois que ce roman est son premier (je n’en suis pas certaine). C’est probablement pourquoi Sinestra m’avait tant chamboulée, car il y avait un décalage entre la poésie de l’écriture et l’horreur de la situation décrite.

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