Chronique – Patronyme de Vanessa Springora

Patronyme de Vanessa Springora

Récit autobiographique

Date de lecture : 20-22 mars 2025

Lecture audio→ Roman lu par Constance Dollé – Roman lu dans le cadre du Prix Audiolib 2025.

« Toute ma vie, j’ai été renvoyée à l’étrangeté de mon nom. À chaque rentrée scolaire, c’était une question rituelle. Il n’est pas banal, ce nom-là, vous êtes de quelle origine ? »

8 janvier 2020. Vanessa Springora est en chemin pour La Grande Librairie, où elle est attendue pour parler de son livre, Le consentement, paru six jours plus tôt dans toutes les librairies de France. Pourtant, elle ne participera pas à l’émission ce jour-là. La police vient de lui apprendre le décès de son père, un homme absent de sa vie depuis longtemps. C’est en vidant l’appartement qu’occupait ce dernier, celui de sa grand-mère décédée, que l’autrice va tomber sur des photographies de son grand-père qui vont ébranler toutes ses fondations. Dès lors, elle se plonge dans une quête éperdue d’identité, à commencer par celle de son nom de famille. Une (en)quête qui la conduira à fouiller la vie de son père, et à exhumer le passé de son grand-père, à la recherche de la vérité

Les secrets de famille sont tenaces, et il est parfois nécessaire de remonter plusieurs générations pour en comprendre la naissance et saisir les raisons de leur existence. Bien souvent, ils sont le fruit de situations honteuses ou d’évènements traumatiques, que l’on préfère dissimuler au monde. C’est ainsi que naissent les non-dits, sources de tant de mal-être familial. Des maux que l’on tait des années durant, parfois jusqu’à la mort, et que l’on transmet, invisibles fardeaux légués à une descendance encore insouciante. 

Lorsque Vanessa Springora découvre ces clichés de son grand-père Joseph, affublé des symboles nazis, c’est la douche froide. N’était-il pas un héros ? C’est du moins ce qu’on lui a répété toute son enfance. Et son père, Patrick, ce mythomane, déserteur familial, faussaire de cv, cet homme aux multiples casquettes, avait-il percé à jour son propre père ? Peut-être l’a t’il fait, de manière consciente ou non, ce qui expliquerait sa vie chaotique. Car une vie fantasmée, même imparfaite, lui fut sans doute préférable à une réalité trop inconfortable.

En tant que fille et petite-fille, Vanessa Springora s’interroge sur ses origines et sur les conséquences de ses mystères. Au fil de cette enquête profondément intime, qui la conduit jusqu’en Tchéquie, à la rencontre de la famille de « Josef », elle tente de reconstituer les pans de cette existence, échafaudant des hypothèses mais n’obtenant aucune certitude véritable. Malgré des recherches intensives, où elle épluche les archives notamment, un flou persistant voile ce passé familial, n’en laissant entrevoir que les contours. Mais ses investigations, à défaut d’avoir effacé ses peurs, auront au moins permis de déterrer les secrets et d’alléger le poids de ce fardeau invisible.

Si j’ai apprécié découvrir la première partie, qui concerne davantage le père, la suite m’a parfois laissée sur le bord de la route, la multitude de suppositions émises par l’autrice ayant fini par me perdre. J’ai préféré les passages dans lesquels elle s’adresse à son père via ce « tu » libérateur, ce « tu » qui confronte, seuls véritables moments où j’ai ressenti une émotion sincère

Avec Patronyme, Vanessa Springora livre un récit introspectif qui ne manque pas d’intérêt, mais qui m’a tenue à distance la plupart du temps. J’ai davantage été conquise par le style de l’autrice, que je découvrais avec ce livre.

Mon avis sur la version audio :

C’est un récit que j’ai lu en version audio, et j’en suis plutôt heureuse car je pense que le texte seul n’aurait pas suffit à me captiver. J’avais déjà eu l’occasion de découvrir Constance Dollé dans La cloche de détresse de Sylvia Plath, autre récit à dimension autobiographique, où son interprétation du personnage d’Esther m’avait particulièrement émue. Dans Patronyme, elle m’a une nouvelle fois séduite par son timbre de voix clair qui rend l’écoute si agréable.

Et comme les mots peuvent sembler parfois bien fades, rien de mieux que d’écouter un extrait pour se faire un avis.

Infos & Quatrième de couverture


Patronyme de Vanessa Springora

Éditeur : Audiolib – Parution : 12/03/2025 – 9h10min – ISBN: 9791035416973.
Également disponible : 📕 En grand format chez Grasset, 2025.

« Un nom sans passé ni mémoire, un nom fantôme, en quelque sorte, c’était inhabituel. Mais peut-être avait-il tout de même une histoire ? »

Quelques jours après la sortie de son premier livre, Vanessa Springora apprend la disparition brutale de son père. En vidant son appartement, elle y découvre deux photos de son grand-père paternel qui la plongent dans la sidération. C’est le début d’une traque obsessionnelle pour comprendre qui était réellement cet homme pris dans la tragédie des deux totalitarismes du XXe siècle.

Questionnant le roman de ses origines et la mythologie des figures masculines de son enfance, l’autrice nous entraîne dans une enquête kaléidoscopique où se réfléchissent tour à tour légendes familiales, récit intime et sources documentaires, fiction et témoignages, petite et grande Histoire.

À travers l’aventure de son patronyme se révèlent l’héritage d’un passé enfoui et les effets dévastateurs du non-dit.


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Cet article a 5 commentaires

  1. Je pense découvrir l’autrice avec le consentement. Dommage que tu aies ressenti une certaine mise à distance même si heureusement tu as adhéré à la plume de l’autrice.

  2. Hedwige

    Ah désolée Caroline, mais je ne suis pas trop autobiographie à moins qu’elle n’ait une portée universelle, ce qui ne semble pas être le cas ici.

  3. Céline C.

    Ce genre de livre ne m’attire pas du tout, j’avoue que j’ai du mal avec les autobiographies. Mais je comprends que l’on puisse vouloir exorciser les blessures du passé. Merci Caroline pour ce retour.

  4. Pat0212

    Ce n’est pas le genre de livres qui m’attire, mais je pense aussi que ça passe mieux en audio. Bon week end

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