Chronique – L’ange de Munich de Fabiano Massimi

L'ange de Munich de Fabiano Massimi

L’ange de Munich de Fabiano Massimi

Policier, Historique

Ma note :  ★★★★★ / J’ai adoré

{Sélection Prix Audiolib 2022} Lu par Nicolas Matthys

Il y avait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman dont l’intrigue se situe dans l’entre-deux guerres, et qui plus est en Allemagne. Le contexte politique et social de la république de Weimar est habilement reconstitué. En se basant sur des faits historiques avérés, Fabiano Massimi met en scène des personnalités connues de tous, ayant un rapport avec la mort d’Angela Raubal, la nièce d’Hitler. Un polar historique des plus passionnants.

« Elle meurt. »

Le roman s’ouvre sur une vision tragique, celle d’une jeune fille vivant ses derniers instants. Nous sommes à Munich, en 1931, et Angela Raubal, 23 ans, est retrouvée morte dans sa chambre, située dans l’immeuble privé de son oncle, Adolf Hitler. Au vu de la position de ce dernier au sein du Parti national-socialiste, les commissaires Siegfried Sauer et Helmut Forster sont chargés d’enquêter en toute discrétion, sur ce qui semble être un suicide. Pourtant, rien n’est moins évident dans cette affaire, et chaque interrogatoire mené va soulever de nombreuses questions. Entre fausses pistes, mensonges et luttes de pouvoir, faire émerger la vérité sur cette sombre tragédie ne sera pas de tout repos.

« Tous les doutes sont légitimes, toujours. Et moi, je ne fais jamais confiance, à rien ni à personne, et je vous conseille de faire de même : nous vivons une époque trouble. »

J’ai immédiatement été emballée par l’ambiance générale de cette histoire. J’ai aimé observer, au gré des balades de Sauer, la vie munichoise de l’époque, ses coutumes alimentaires, son marché, son fourmillement de vie. Par ailleurs, l’auteur réussit à décrire avec talent l’atmosphère électrique, la tension palpable qui étreint le pays. On entend le grondement sourd de la population, qui voit d’un mauvais oeil tous ces miliciens SA arpentant les rues, « vêtus de marron », matraque à la main. Le statut d’Hitler, en tant que chef du Parti, est loin de faire l’unanimité et ses ennemis, à l’intérieur même de son groupe, sont importants. Certains d’entre eux sont prêts à tout pour le discréditer. Dans ces conditions, comment ne pas douter de la version officielle concernant le décès de Geli ?

« Toutefois, selon Sauer, la vérité était plus lourde que l’eau, elle ne remontait jamais toute seule : il fallait aller la chercher, la déterrer, la porter. L’exercer. »

Pour qu’un roman soit aussi captivant, il faut plus qu’un sujet, aussi intéressant soit-il. Il faut des personnages convaincants. Et en cela, je dois dire que l’auteur nous a concocté un duo d’enquêteurs aux petits oignons. En l’espace d’un seul roman, il a réussi à peaufiner des personnages profonds, complexes et attachants. La personnalité de Sauer m’a tout de suite plu. J’ai apprécié le suivre dans sa vie personnelle et me plonger dans ses pensées les plus intimes. Cet homme solitaire, hanté par un passé difficilement avouable, est néanmoins droit dans ses bottes et fait preuve d’objectivité dans ses investigations. Rien ne l’importe plus que la vérité. Et cette vérité, il pense la devoir à la jeune Geli. Mais pour cela, il faudrait déjà comprendre qui elle était.

Personnage central de cette histoire, « l’ange de Munich » n’en reste pas moins énigmatique. Décrite tour à tour comme une fille frivole et insouciante ou malheureuse et apeurée, personne ou presque ne paraît apte à en dresser un portrait fidèle et juste. J’ai été touchée par cette jeune femme, qui bien que morte, est toujours présente en filigrane. Je l’ai imaginée suivre Sauer dans son enquête, fantôme mélancolique attendant la lumière. Difficile de rester de marbre face à la mort (et à la vie) d’Angela Raubal.

Dans cette enquête palpitante, le rythme va crescendo, maintenant le lecteur en haleine jusqu’au dénouement. On est mené en bateau tout du long par des personnages retors, calculateurs ou jaloux. Une lecture intense, immersive, qui m’a bluffée par ses révélations et ses retournements de situation. Un roman admirablement documenté, dans lequel Fabiano Massimi marie avec succès faits historiques et fictifs, mettant en lumière, le temps d’un récit, le mystère Angela Raubal.

Mon avis sur la version audio : ★★★★★ / J’ai adoré

Dans ce roman aux nombreux personnages, l’interprétation de Nicolas Matthys est tout-à-fait remarquable. Sa cadence de lecture et sa voix harmonieuse sont idéales pour s’imprégner de l’atmosphère du récit. Une écoute formidable grâce à ce narrateur talentueux.

Date de lecture : 1-6 mars 2022


Infos et Quatrième de couverture

L’ange de Munich de Fabiano Massimi
Edition papier : Albin Michel – Parution : 10/03/2021 – 560 pages – ISBN : 9782226446442
Edition audio : Audiolib – Parution : 16/02/2022 – Durée : 14h04min – ISBN : 9791035406530 – Lu par Nicolas Matthys

« Munich, 1931. Angela Raubal, 23 ans, est retrouvée morte dans la chambre d’un appartement de Prinzregentenplatz. À côté de son corps inerte, un pistolet Walther. Tout indique un suicide et pousse à classer l’affaire.
Sauf qu’Angela n’est pas n’importe qui. Son oncle et tuteur légal, avec lequel elle vivait, est le leader du parti national socialiste des travailleurs, Adolf Hitler. Les liens troubles entre lui et sa nièce font d’ailleurs l’objet de rumeurs dans les rangs des opposants comme des partisans de cet homme politique en pleine ascension. Détail troublant : l’arme qui a tué Angela appartient à Hitler.
Entre pressions politiques, peur du scandale et secrets sulfureux, cet événement, si il éclatait au grand jour, pourrait mettre un terme à la carrière d’Hitler. Et faire du commissaire Sauer, chargé de l’enquête, un témoin très gênant.
Dans une République de Weimar moribonde, secouée par les présages de la tragédie nazie, Fabiano Massimi déploie un roman fascinant, basé sur une histoire vraie et méconnue, mêlant documents d’archives et fiction avec le brio d’un Philip Kerr. »

9 thoughts on “Chronique – L’ange de Munich de Fabiano Massimi

    1. J’avoue que j’ai savouré cette lecture. J’ai vraiment pris mon temps et je me suis bien imprégnée de l’ambiance autour de l’enquête. En tout cas, je ne m’attendais pas, avant de commencer, à aimer autant cette lecture. J’espère que tu passeras toi aussi un bon moment.

  1. Je te remercie sincèrement pour ton avis. Ce roman était celui de la sélection qui me tentait le moins et me faisait le plus peur, et tu viens de balayer toutes mes réticences. Mieux, tu me donnes envie d’en commencer très vite la lecture audio. Le mystère autour de la défunte a l’air passionnant, le duo convaincant et le contexte bien mis en avant.

    1. Je t’avoue que moi aussi, au départ, j’avais de l’appréhension. La période m’inspirait peu, l’identité de la victime aussi. Et puis, franchement, le narrateur te plonge direct dans l’ambiance. On parlait des voix charismatiques l’autre jour, eh bien pour ma part, Nicolas Matthys en fait clairement partie.

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