Chronique – Hangsaman de Shirley Jackson

Hangsaman de Shirley Jackson

Hangsaman de Shirley Jackson

Fantastique

Ma note :  ★★★★ / J’ai beaucoup aimé

Voici un roman que j’ai emprunté à la médiathèque numérique. Un roman étrange, à la frontière du rêve et de la réalité, dont le propos et la mise en scène m’ont beaucoup plu.

Nous sommes dans l’Amérique des années 50. Natalie, la narratrice, est une jeune fille de dix-sept ans en passe de faire son entrée à l’université. Lors d’un cocktail donné au domicile familial, elle va vivre un évènement traumatisant, dont elle s’évertuera à nier l’existence. Une fois à l’université, elle a bien du mal à trouver sa place et à se lier d’amitié avec d’autres étudiants. Ses questionnements récurrents et sa quête d’identité vont égarer le lecteur dans les méandres de son esprit confus.

« Natalie Waite, qui avait dix-sept ans à présent mais éprouvait le sentiment que la conscience lui était venue seulement à quinze, vivait retirée dans un monde étrange, peuplé de bruits et de visions, hermétique aux voix quotidiennes de son père et de sa mère ainsi qu’à leurs actions incompréhensibles. »

Le début du récit se concentre sur l’existence de Natalie au sein de sa famille, avant son départ pour l’université. Une famille patriarcale plutôt désunie, même si, d’un point de vue extérieur, rien ne semble transparaître. J’ai ressenti une certaine passivité de Natalie vis-à-vis de son entourage. Sa mère n’a de cesse de se plaindre auprès d’elle de sujets qui la rendent malheureuse, le mariage en général, son mari en particulier. Un mari écrivain, condescendant et narcissique, qui ne fait aucun cas de l’opinion des autres. Alors, comme une échappatoire, Natalie remplit ses cahiers d’histoires, en s’inspirant de son quotidien. Des écrits qui, chaque jour, sont soumis à l’approbation paternelle, seul maître et juge en la matière.

Une première partie déjà déstabilisante, où Natalie s’échappe de sa réalité grâce à l’imaginaire. Un imaginaire fantasmé qui peut survenir à des moments inattendus, au détour d’une conversation.

La partie consacrée à l’université est celle que j’ai trouvé la plus intéressante. A la figure du père se substitue celle du professeur de littérature, Langdon, tout aussi égocentrique. Et à la figure de la mère, celle de l’épouse de Langdon, tout aussi malheureuse en ménage. J’ai beaucoup aimé la description du milieu universitaire à cette époque. Ici, un milieu plutôt littéraire et féminin, où la compétition sociale est rude. Mal à l’aise, plutôt introvertie, Natalie ne sait quelle attitude adopter ni comment s’intégrer parmi ces jeunes femmes, dont certaines sont particulièrement opportunistes et superficielles.

« Parlant de magie, j’imagine que maintenant que j’ai mentionné que j’aimerais bien faire la connaissance de cette fille, Tony, cela ne tardera sûrement pas à arriver. J’ai découvert qu’il suffit d’énoncer clairement ce genre de choses, dans une lettre comme celle-ci, par exemple, pour que cela advienne. Je suppose que, quand je ferai sa connaissance, je serai déçue. »

Sous le poids de cette situation oppressante, la tension monte, jusqu’à l’arrivée de Tony, une étudiante hors des clous et affirmée, qui va entraîner Natalie dans son sillage. Une cassure dans le ton, un changement qui s’opère, une ambivalence qui peut s’avérer effrayante pour le lecteur.

Hangsaman est un roman obsédant, qu’il est difficile de placer dans un genre en particulier. Si j’ai beaucoup aimé cette histoire, elle m’a plongée toutefois dans une certaine perplexité, car je n’ai pas vraiment ressenti d’émotions lors de ma lecture. D’où, très probablement, une chronique moins subjective qu’à l’accoutumée. Ce voyage dans la tête de Natalie n’est cependant pas dépourvu d’intérêt et l’écriture de Shirley Jackson y est pour beaucoup.

Cold Winter Challenge – Magie de Noël – Danse de la fée dragée

Date de lecture : 4-12 déc. 2021


Infos et Quatrième de couverture

Hangsaman de Shirley Jackson
Edition :  Payot & Rivages – Parution : 13/10/2021 – 288 pages – ISBN : 9782743654627

« La jeune Natalie Waite a du mal à trouver sa place dans une famille dysfonctionnelle, entre un père écrivain médiocre mais imbu de lui-même et une mère au foyer névrosée. La noirceur s’immisce dans son esprit et dans sa vie au point que celle-ci va tourner au cauchemar.

Inspiré par la disparition (inexpliquée à ce jour) d’une étudiante non loin de l’endroit où vivait Shirley Jackson, ce roman est une exploration aussi magistrale qu’effrayante de la perte des repères chez une adolescente en perdition. »

7 thoughts on “Chronique – Hangsaman de Shirley Jackson

    1. Je n’aurais probablement pas commencé ma découverte de Shirley Jackson par ce roman si je ne l’avais pas trouvé à la médiathèque. Cela dit, c’est une bonne chose, car j’ai pu apprécier les débuts de l’autrice, et j’aime beaucoup son écriture.

    1. Je ne connaissais pas du tout l’oeuvre de Shirley Jackson avant de lire ce roman. Et depuis, j’ai envie de découvrir d’autres de ses romans. Je me note la loterie.

  1. Ta chronique m’intrigue même si cette lecture t’a plongé dans une certaine perplexité comme tu dis 🙂
    Merci pour la découverte 🙂

    1. Disons que c’est rare que j’ai aimé une lecture lors de laquelle j’ai ressenti peu d’émotions. C’est un roman étonnant.

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