Chronique – Le jour d’avant de Sorj Chalandon
📖Date de lecture : 7-9 janv. 2026 ⭐Plaisir de lecture : 4,5/5

Le jour d’avant de Sorj Chalandon
🎧Édition : Audiolib, 2017 – 7h59min – ISBN: 9782367624631 – Genre : Littérature française, Contemporain – Lu par Stéphane Boucher.
Également disponible : 📕 En grand format chez Grasset, 2017 ; 📗 En poche chez Le Livre de Poche, 2018.
« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.
Désireuse de poursuivre ma découverte de la bibliographie de Sorj Chalandon, je me suis plongée dans Le jour d’avant. Quand j’ai lu le résumé, j’ai inévitablement pensé à cette photo en noir et blanc de mon arrière-grand-père, posant aux côtés de ses collègues mineurs à la mine de Longwy, en Meurthe-et-Moselle. J’ai pensé à ma lecture de Germinal, à l’âge de 17 ans, qui a été un véritable choc. J’ai pensé à cette série française, La vie devant elles, qui raconte le coup de grisou qui a frappé une mine du Nord-Pas-de-Calais dans les années soixante-dix. J’ai pensé à ce film anglais que j’aime tant, Les virtuoses de Mark Herman. Et puis j’ai pensé que le sujet de la mine, traité par Sorj Chalandon, ça ne pouvait être qu’une lecture impactante, probablement de celles que l’on n’oublie pas. Et effectivement, ce fût une lecture bouleversante, mais bien différente de ce que j’avais imaginé.
« Il a sorti un jeton de sa poche et nous l’a tendu. — Faites passer. — C’est une taillette de lampe, a dit un garçon. J’étais vexé. Je connaissais, bien sûr. Chaque soir, après son poste, Joseph la posait dans le cendrier de l’entrée, avec la monnaie qui dormait dans ses poches. Dessus, était gravé « 1916 ». Son matricule, hérité à l’embauche, qu’il perdrait le jour où la mine ne voudrait plus de lui. Ce numéro était devenu l’autre nom de mon frère. »
Bien sûr, Le jour d’avant ça raconte la mine et les mineurs, ça dépeint la vie dans les bassins miniers. Mais ça raconte surtout Joseph à travers les yeux de son frère Michel. Jojo, la vie devant lui, qui se rêvait en coureur automobile, mais qui, comme beaucoup d’hommes de la région, se fera « dévorer » par la mine. Jojo, son rire, sa Gulf, ses espoirs. Et puis, le coup de grisou de la fosse 3bis de Liévin-Lens, le 27 décembre 1974, qui a coûté la vie à 42 mineurs. Et plus encore, si l’on considère leurs proches comme des victimes collatérales. Un drame ? Assurément. Une fatalité ? Non. « Ça n’existe pas, la fatalité. Les patrons appellent ça le profit. » Hanté par la mort de son frère, par les derniers mots de son père lui enjoignant de les venger de la mine, Michel passera sa vie entière à préparer sa revanche, alimentant malgré lui sa haine et sa colère, descendant dans son triste caveau à reliques comme un mineur dans la fosse.
J’ai été frappée par la justesse du personnage de Michel. J’ai ressenti de plein fouet sa tristesse. Je l’ai imaginé suffocant sous le poids de son fardeau, malgré tout l’amour que lui portait sa femme et qu’il lui portait aussi. J’ai été saisie par ses silences. Mais surtout, j’ai été surprise par la tournure de l’histoire, qui à un moment donné m’a complètement accaparée pour ne plus me lâcher.
Les mots de Sorj Chalandon m’ont bouleversée, et les derniers chapitres m’ont profondément émue. Je les ai trouvés tellement intenses, tellement pleins d’humanité, tellement justes. C’est ce qui me sidère à chaque fois avec cet auteur, sa justesse. Il dit simplement ce qu’il faut, ni plus ni moins. Et c’est aussi cela qui rend ses récits inoubliables.
« À la visite médicale, devine ce que les médecins conseillent aux mineurs qui toussent ? D’arrêter de fumer. Ils trafiquent leur bilan de santé. Si tu es silicosé à 20 %, ils inscrivent 10 % sur ta fiche. Et tu sais pourquoi ? Mon frère regardait notre père, droit contre le dossier de sa chaise. Il ne savait pas, non. Il a secoué la tête. — Pour que tu puisses redescendre, voilà pourquoi. Bon pour le service, le mourant ! »
🎧Comme souvent en ce qui concerne les romans de Sorj Chalandon, j’ai écouté celui-ci. Pour être franche, j’ai hésité, parce que, pour moi, Sorj Chalandon est inévitablement associé à Féodor Atkine, et que ce n’est pas lui qui raconte cette histoire-ci, mais Stéphane Boucher. Alors, j’ai décidé de faire confiance à Audiolib et j’ai bien fait car ce fût une écoute poignante. Stéphane Boucher s’est glissé dans la peau de Michel pour ne plus faire qu’un avec lui. Une interprétation tout en subtilité, qui m’a incroyablement touchée. Merci.


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Un auteur que tu apprécies beaucoup et qui à chaque lecture te transporte, c’est vraiment chouette ! Merci Caroline pour ce partage
Je le note, j’aime beaucoup cet auteur et j’en ai encore plusieurs à découvrir. Bonne journée