Chronique – Les Graciées de Kiran Millwood Hargrave

Les Graciées de Kiran Millwood Hargrave

Les Graciées de Kiran Millwood Hargrave

Historique, Littérature anglaise

Ma note : ★★★★★ / J’ai adoré

« La tempête arrive en un claquement de doigts. C’est ainsi qu’ils en parleront, des mois, des années après, quand cela aura cessé de n’être qu’une douleur derrière les yeux et une boule dans la gorge. »

Direction la Norvège pour ce très beau roman historique, inspiré de faits authentiques. En 1617, à Vardø, petit village de pêcheurs du comté de Finnmark, une tempête soudaine s’abat violemment sur les hommes partis en mer, où quarante d’entre eux périssent. Après cette perte tragique, les femmes du village n’ont d’autre choix que de tenter de survivre par elles-mêmes. Pour cela, certaines d’entre elles sont prêtes à contrer les traditions et à partir pêcher au large. Mais à une époque où la religion mène la danse, un désaccord profond va scinder la petite communauté. Les autorités masculines voient d’un mauvais œil ce village désormais matriarcal, côtoyant de trop près les coutumes Samis. Le seigneur du comté prend alors la décision de missionner un délégué sur les lieux, qui n’aura d’autre but qu’une chasse aux sorcières en bonne et due forme.

Une partie de cette histoire nous est contée par Maren, une jeune femme ayant toujours vécue à Vardø. A travers elle, l’autrice nous livre la vie au cœur de cette région polaire, aux conditions climatiques extrêmes. Nous découvrons des femmes fortes qui, menées par l’une d’entre elles, vont prendre la situation en main et accomplir des tâches jusque-là réservées aux hommes. Une hostilité sous-jacente et une tension palpable se dégagent, conséquences d’une communauté divisée et d’un décor très fermé. Le récit vu sous l’angle de Maren est poignant, et la menace qui plane au-dessus de leurs têtes est angoissante. L’intervention d’Ursa dans la narration, plus douce et moins endurcie que Maren, permet d’alléger cette atmosphère pesante. Originaire de Bergen, une ville du sud-ouest de la Norvège, Ursa est la toute jeune épouse du délégué Absalom Cornet, venu d’Ecosse spécialement pour accomplir sa mission à Vardø. Seule et inadaptée à un lieu aussi rude, elle trouve en Maren l’amitié et la force nécessaire pour avancer.

Le premier chapitre est percutant, et je me suis laissée guider par l’écriture poétique, la narration relativement cinématographique, et ces figures féminines admirables. Une œuvre qui se vit, le froid sur le visage, la rudesse des conditions de vie, l’angoisse oppressante. Les vêtements, la nourriture, les tâches quotidiennes, autant de détails précieux soigneusement distillés pour une immersion réussie !

Avec Les Graciées, Kiran Millgroove Hargrave nous offre une fiction historique riche au propos résolument contemporain. Une très belle découverte, tant pour l’écriture, superbe, que pour l’intrigue, formidablement mise en scène.

🍁Pumpkin Autumn Challenge 2021 – Automne frissonnant – Double, double, toil and trouble🍁

Date de lecture :  14-21 nov. 2021

🎧 Ce roman est également disponible en version audio chez Lizzie et lu par Lila Tamazit.


Extrait

« Un rythme étrange s’empare de Vardø. Pour Maren, le temps commence à prendre forme. Église, hangar, tâches ménagères, repos. Même si une frontière se dessine désormais entre Kirsten et Toril, Diinna et les autres, les femmes vivent dans un seul et même mouvement, comme des hommes aux rames d’un bateau. Cette proximité est née d’une nécessité : plus que jamais, les femmes ont besoin les unes des autres, surtout maintenant que la nourriture commence à manquer. »


Mes recommandations en rapport avec ce livre

  • Les sorcières de Pendle de Stacey Halls

Pour l’époque, pour les procès de sorcellerie, pour le duo féminin, pour l’optimisme dans la noirceur.


Infos
Editeur : Robert Laffont
Parution : 20/08/2020
400 pages
ISBN : 9782221239261
Quatrième de couverture
« 1617, Vardø, au nord du cercle polaire, en Norvège. Maren Magnus-datter, vingt ans, regarde depuis le village la violente tempête qui s’abat sur la mer. Quarante pêcheurs, dont son frère et son père, gisent sur les rochers en contrebas, noyés. Ce sont les hommes de Vardø qui ont été ainsi décimés, et les femmes vont désormais devoir assurer seules leur survie.
Trois ans plus tard, Absalom Cornet débarque d’Écosse. Cet homme sinistre y brûlait des sorcières. Il est accompagné de sa jeune épouse norvégienne, Ursa. Enivrée et terrifiée par l’autorité de son mari, elle se lie d’amitié avec Maren et découvre que les femmes peuvent être indépendantes. Absalom, lui, ne voit en Vardø qu’un endroit où Dieu n’a pas sa place, un endroit hanté par un puissant démon.
Inspiré de faits réels, Les Graciées captive par sa prose, viscérale et immersive. Sous la plume de Kiran Millwood Hargrave, ce village de pêcheurs froid et boueux prend vie.
 » Les Graciées m’a coupé le souffle. Lorsque je l’ai terminé, j’ai pressé le livre contre moi, en espérant absorber un peu du talent de Kiran.  » Tracy Chevalier, auteure de La Jeune Fille à la perle. »

5 thoughts on “Chronique – Les Graciées de Kiran Millwood Hargrave

  1. Ton avis me rassure fortement sur ce roman qui est un peu le roman de seconde chance pour Kiran Millgroove Hargrave dont je n’ai pas tant apprécié Les Filles qui ne mouraient pas.

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