Chronique – Les gardiens du phare d’Emma Stonex

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Les gardiens du phare d’Emma Stonex

Suspense, Littérature anglaise

Sélection Prix Audiolib 2022 – Roman lu par Christine Braconnier & Guillaume Orsat.

En janvier dernier, lorsque j’avais vu la magnifique couverture de ce roman et lu son résumé, je n’avais qu’une hâte, avoir enfin le loisir de découvrir cette intrigante histoire. En effet, Emma Stonex s’est inspirée d’un fait divers ayant eu lieu en 1900, la disparition des trois gardiens du phare des îles Flannan. Malheureusement, Les gardiens du phare n’a pas été une lecture très réjouissante, même si j’ai apprécié la compagnie de ces trois hommes et l’atmosphère du lieu. De manière générale, je n’ai pas été convaincue par cette écoute et j’ai trouvé l’ensemble plutôt ennuyeux.

« Dans la brume, il distingue la Maiden, la jeune fille, long pic solitaire et majestueux, loin de tout. Le phare est à quinze milles nautiques du littoral. »

Ce roman évoque l’histoire des trois gardiens du phare de Maiden Rock, ayant mystérieusement disparu lors de l’hiver 1972. Arrivés sur place ce matin-là, le gardien chargé de la relève et l’équipage qui l’accompagne font face à un étonnant silence et trouvent porte close. Fait pour le moins étrange, la porte du phare « est fermée de l’intérieur » et lorsqu’ils réussissent à y pénétrer, ils ne trouvent pas la moindre trace des trois hommes. Ces derniers semblent s’être tout bonnement volatilisés. Vingt ans après avoir défrayé la chronique, cet évènement surprenant n’a toujours pas été élucidé. Dans cette optique, le célèbre écrivain Dan Sharp décide de s’emparer de cette énigme et d’aller interroger les veuves de ces malheureux. Peut-être de nouvelles informations permettront-elles de faire enfin la lumière sur ces mystérieuses disparitions. Un synopsis des plus attrayants, surtout si comme moi, vous aimez ce genre d’affaires non classées.

Dans ce récit qui se présente sous la forme d’un roman choral, Emma Stonex prend le parti d’alterner les époques et les points de vue. Ainsi nous sommes tour-à-tour immergés en 1972 avec nos trois gardiens, puis en 1992 avec leurs anciennes compagnes. Au fil des échanges entre l’écrivain et ces femmes, les contours de l’histoire vont se dévoiler avec davantage de précision. On entre dans l’intimité de leur couple et on conçoit les difficultés d’un tel mode de vie, pour elles comme pour eux. Au gré de monologues parfois diffus, ces femmes se remémorent leurs amants disparus, exhumant les secrets, et réveillant des ressentiments tenaces. Cela dit, j’ai trouvé que ces figures féminines occupaient trop de place dans le roman. Leurs interventions m’ont paru longues et redondantes, et je me suis lassée de leurs états d’âmes et de leurs discours. Un point qui entrave quelque peu le rythme et altère la curiosité suscitée par les évènements de 1972.

En revanche, j’ai trouvé la parole des gardiens du phare véritablement digne d’intérêt. En cela, Emma Stonex a su tirer son épingle du jeu et nous livrer des personnages attachants, voire assez profonds. Cette partie a su éveiller mon attention, et j’ai été touchée par l’histoire et les souvenirs de ces trois hommes. J’ai été saisie par la mélancolie d’Arthur, par l’optimisme de Vince et par l’austérité de Bill. Car « il faut avoir une sacrée trempe pour supporter d’être enfermé comme ça. Pour supporter la solitude. L’isolement. La monotonie. Rien que de l’eau, de l’eau et de l’eau à des kilomètres à la ronde. Pas d’amis. Pas de femmes. » 

Quant à l’atmosphère de cet hiver 1972, elle est des plus réussie. J’ai pris plaisir à observer le paysage marin, à entendre le cri des mouettes et la mer déchaînée. Le phare est régulièrement enveloppé d’un brouillard aussi oppressant que le mugissement assourdissant de la corne de brume. La solitude, qui se fait de plus en présente à mesure que les jours passent, corrompt les esprits et nourrit les peurs. Celles qui sont ancrées dans les tréfonds de notre âme. Alors la tension s’installe, nous laissant nous aussi, à fleur de peau et sur le qui-vive. Mais enfin, que s’est-il réellement passé cet hiver-là ? Et pourquoi le temps s’est-il soudainement arrêté, figeant en son sein une scène de vie inachevée, celle d’une « table dressée pour un repas qui n’a jamais été servi » ?

Une partie relativement passionnante, dans laquelle l’autrice sait ménager son suspense, mais qui ne réussit toutefois pas, à mes yeux, à combler le désintérêt que j’ai éprouvé pour les épouses. La lenteur, que j’apprécie d’ordinaire dans les romans d’ambiance, m’a ici pesé, et la plume de l’autrice n’a pas entraîné d’émotions spécialement intenses. Une lecture en demi-teinte, que l’écoute audio n’aura pas non plus contribué à démarquer, à mon plus grand regret.

Mon avis sur la version audio

S’agissant d’un roman choral, deux narrateurs interviennent pour nous conter cette histoire, Guillaume Orsat et Christine Braconnier. J’ignore pourquoi, mais je n’ai pas réussi à entrer dans cette narration et je n’ai pas été vraiment séduite par le duo, dont pourtant j’apprécie beaucoup les timbres de voix. Il est vrai que j’ai souvent tendance à préférer la lecture avec un seul narrateur.

Date de lecture : 11-15 avril 2022

Et comme les mots peuvent sembler parfois bien fades, rien de mieux qu’écouter un extrait pour se faire un avis.


Infos et Quatrième de couverture

Les gardiens du phare d’Emma Stonex
Edition papier : Stock – Parution : 09/03/2022 – 448 pages – ISBN : 9782234090095
Edition audio : Audiolib – Parution : 13/04/2021 – Durée : 9h30min – ISBN : 9791035408145 – Lu par Guillaume Orsat et Christine Braconnier

« On dit que la mer protège ses secrets.
On dit que personne ne saura jamais ce qu’il s’est passé au phare du Maiden Rock.
Au cœur de l’hiver 1972, à plusieurs milles de la côte de Cornouailles, une barque brave la mer pour rejoindre le phare du Maiden Rock. À son bord, se trouve la relève tant attendue par les gardiens. Pourtant, quand elle accoste enfin, personne ne vient à sa rencontre. Le phare est vide. La porte d’entrée est verrouillée de l’intérieur, les deux horloges sont arrêtées à la même heure et le registre météo décrit une tempête qui n’a pas eu lieu.
Les trois gardiens se sont volatilisés.
Vingt ans plus tard, alors que les flots semblent avoir englouti pour toujours leurs fantômes, les veuves des trois hommes ne peuvent se résoudre à tourner la page. Le vernis se craquelle, le sel de la mer envahit le présent, et les secrets profondément enfouis refont surface. »


L’avis de mes collègues jurées

Parce que nous n’avons pas toujours les mêmes ressentis ou la même façon de parler d’un livre, voici quelques avis de mes collègues de jury. Les gardiens du phare a été plutôt bien accueilli par les membres du jury.

Azilis, du blog Aziquilit, a été captivée par cette histoire, et elle vous en parle dans une très belle chronique.
Audrey, du blog LightAndSmell a aimé ce roman. Voici sa chronique.

Cet article a 14 commentaires

  1. L’histoire de cette énigme m’a tenue en haleine, mais ce n’est pas un coup de coeur.
    Très chouette chronique en tout cas

  2. Celui-ci je l’ai.
    Va falloir un jour que j’en parle.
    Et merci pour ce beau retour.
    Je ne sais pas toi mais moi dés qu’il y a un phare, je ne peux pas résister !

    1. Caroline

      Oui, c’était le phare et cette mystérieuse disparition qui avaient tant attisé ma curiosité.

    1. Caroline

      La lecture d’après a été un franc succès, c’était La danse de l’eau et je dois dire que j’ai beaucoup apprécié cette histoire. 😊

  3. Céline

    C’est dommage car cela aurait pu être intéressant vu que c’est basé sur un fait divers mais, vu la manière dont est construit ce livre, je vais passer mon tour…. j’ai bien trop peur de m’ennuyer en le lisant.
    Bonne journée !

    1. Caroline

      Ce roman a ses atouts, et je ne doute pas qu’il plaira à de nombreuses personnes. Pour ma part, j’en attendais peut-être trop.

  4. Même si tu n’as pas été super emballée par cette lecture, je trouve que tu en parles très bien ! Tu m’as donné envie de retrouver ces gardiens et plus particulièrement Arthur qui m’a beaucoup touchée… Et je te rejoins complètement en ce qui concerne l’atmosphère.

    1. Caroline

      Un mois après ma lecture, je visualise encore très bien les vagues qui se brisent sur les rochers, et les trois gardiens, si différents les uns des autres. Une ambiance qui restera gravée, et je regrette d’autant plus de m’être ennuyée trop souvent au cours de ma lecture. Pour ma part, j’aurais souhaité une seule temporalité, celle de 1972, où même là il y aurait eu matière à faire un roman à suspense. Je pense aussi que ma déception vient du fait que ce roman était celui qui me tentait le plus dans la sélection. J’étais tellement impatiente de me plonger dans ce mystère.

      1. Je comprends, les grandes attentes ont tendance à engendrer des frustrations…

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