Chronique – La boîte à magie de C. Läckberg & H. Fexeus

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La boîte à magie de Camilla Läckberg & Henrik Fexeus

Policier, Polar

Ma note :  ★★★★★ / J’ai adoré

« Les classiques de la magie utilisent en principe plus ou moins le même canevas, tuer ou mutiler une femme, par exemple en la sciant en morceaux, en déplaçant des parties de son corps, en la transperçant avec des épées, tout ça pour finalement la faire réapparaître. Qu’il s’agisse quasi systématiquement de femmes n’est pas un hasard. On dit que c’est parce qu’une femme est plus mince et plus souple qu’un homme et qu’elle rentre donc plus facilement dans des espaces réduits. C’est la version officielle.
— Dans la vraie vie aussi, les femmes sont souvent les victimes, murmura Mina d’un ton froid. »

Lorsqu’une jeune femme est retrouvée le corps transpercé d’épées à l’intérieur d’une boîte à magie, l’inspectrice Mina Dabiri ne croit pas à la thèse de l’accident. Avec l’accord de sa supérieure Julia, elle prend contact avec un célèbre illusionniste, Vincent Walder, pour l’épauler dans cette enquête. Temporairement intégré au sein de l’équipe en tant que consultant, les compétences de mentaliste de Vincent vont rapidement s’avérer indispensables dans cette mystérieuse affaire.

Dans ce roman, j’ai retrouvé tout ce qui me plaisait autrefois dans les enquêtes d’Erica Falck, à savoir de l’émotion, du suspense et des personnages véritablement attachants. Au-delà même de l’intrigue policière, qui reste intéressante et originale, ce sont tous ces personnages, principaux comme secondaires, qui ont captivé mon intérêt. Car les deux auteurs ne se contentent pas d’esquisser des personnalités, ils les façonnent, entrent dans leurs têtes, explorent leurs pensées et leurs émotions. J’ai eu l’impression de les connaître depuis toujours, comme de vieilles relations que je retrouverais après quelques années d’absence.

A cela s’ajoute la marque de fabrique de Camilla Läckberg, l’alternance d’une histoire passée et présente qui entretient un certain suspense et suscite une forte empathie. Nous ignorons à qui appartient cette voix du passé, même si nous pensons le savoir, mais au diable les certitudes, car avec les auteurs de polars on peut s’attendre à tout. Ces « retours en arrière » sont bien dosés et s’intègrent parfaitement dans la construction du récit. Aussi, j’ai apprécié la cohérence de ce lien entre passé et présent, qui m’a maintenue en haleine tout au long du roman. Plus j’avançais dans l’intrigue, plus j’imaginais les plus folles théories sur cette histoire. Un côté réellement addictif, malgré le nombre de pages conséquent, et qui m’a complètement happée. Je regrette cependant de ne pas avoir été surprise par le dénouement, qui tire un peu en longueur à mon sens.

« Elle s’efforça de ne pas penser à la crasse de cette chaise de cafétéria. À tous ces microbes qui grouillaient sous ses fesses en ce moment précis. » 

Mais ce que je retiendrais par-dessus tout, c’est ce touchant duo formé par Mina et Vincent. Deux personnages éminemment humains, avec leurs failles et leur complexité. Un duo auquel j’ai tout de suite cru, et qui laisse entrevoir une belle et sincère complicité. Elle, est submergée par l’angoisse de la saleté et de ces microbes vicieux qui s’invitent partout dans notre quotidien, aussi elle a toujours du gel désinfectant à proximité. Elle n’accorde pas sa confiance facilement, a tendance à fuir les relations sociales, et un lourd secret semble peser sur ses épaules. Si les auteurs nous livrent parfois des bribes de son existence, ils restent volontairement énigmatiques sur certains points, ce qui me laisse espérer que d’autres tomes pourraient suivre après celui-ci.

« Je suis mentaliste. Comment s’y prendre pour manipuler le mental et le comportement humain, voilà ma profession. C’est faisable, bien entendu, à condition d’être relativement doué pour saisir le fonctionnement d’autrui. Je ne suis cependant ni psychologue ni thérapeute, je me sers surtout de mes connaissances dans le domaine du divertissement. »

Vincent, lui, excelle dans l’art de cerner les gens, et manifestement il a très vite saisi le fonctionnement de Mina. J’ai apprécié son respect et sa discrète bienveillance envers elle. Il faut dire qu’il a lui-même quelques névroses à gérer, et c’est sans doute la raison pour laquelle il ne juge pas ses comportements. Certes il n’est pas un modèle de vertu, mais c’est peut-être ce qui le rend d’autant plus crédible et sympathique. Quant à sa vie familiale, elle est assez foireuse. Entre sa femme maladivement jalouse, son ex-femme ultra perfectionniste et ses enfants pas toujours équilibrés, je le soupçonne d’être ravi de partir seul en tournée à l’autre bout du pays quand il en a l’occasion.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste et ma rencontre avec l’équipe policière a été véritablement convaincante. Il y a du beau monde dans ce service, des personnalités éclectiques qui promettent de sympathiques heures de lecture.

Après plusieurs années sans lire Camilla Läckberg, me voici totalement séduite par ce nouveau roman. Avec La boîte à magie, les deux auteurs ont su conjuguer leur talent pour nous offrir une enquête véritablement captivante, menée par un duo particulièrement attachant. Un excellent roman policier dans l’univers de l’illusion et de la magie, grâce auquel j’ai passé un très bon moment de lecture.

Date de lecture : 11-15 juin 2022


Infos et Quatrième de couverture

La boîte à magie de Camilla Läckberg & Henrik Fexeus
Edition papier : Actes Sud – Parution : 01/06/2022 – 672 pages – ISBN : 9782330165475

« Gröna Lund, parc d’attraction incontournable de Stockholm. Entre manèges à l’arrêt et obscurité angoissante, une boîte transpercée d’épées contenant un corps de femme est retrouvée. Pour la nouvelle enquêtrice Mina Dabiri, l’affaire dépasse les compétences de la police. Vincent Walder, expert en mentalisme et en communication non verbale, accepte de lui prêter main-forte.
S’agit-il d’un tour de magie qui a mal tourné ou d’un tueur machiavélique ? En complément de leurs talents, une visite dans les archives policières devrait aider le duo à trouver des réponses… »

Cet article a 11 commentaires

  1. Dire que je n’ai encore jamais lu Camilla Läckberg…
    Ce n’est pas faute d’être tentée par La Princesse des glaces & co.

    1. Caroline

      Si tu aimes les polars nordiques, il pourrait te plaire. Je crois que les Erica Falck sont les premiers que j’ai lus dans ce genre, très attirée à l’époque par la maison Actes Sud et je ne regrette pas.

    1. Caroline

      Avec plaisir, c’est un polar vraiment plaisant !

  2. Céline

    Quelle belle chronique ! il est dans ma liste de mes envies depuis quelque peu et là tu me confirmes qu’il faut que je le lise, merci 🙂
    Bonne journée !

    1. Caroline

      Je ne sais pas si tu as lu quelques enquêtes d’Erica Falck, mais si oui, celui-ci risque de te plaire.

  3. Le travail sur les personnages a l’air incroyable, ce qui suffit à me tenter, ayant de plus en plus de mal à trouver des personnages bien construits…

    1. Caroline

      J’ai apprécié le fait qu’il ne soit pas survolés, ou qu’ils ne répondent pas à des « clichés ». Ils ont une vraie personnalité. La dernière fois que j’ai rencontré ce genre de personnages assez poussés c’était dans « Dark secrets » de Hjorth & Rosenfeldt.

  4. Hedwige

    Voilà qui est bien alléchant ! Merci Caroline je le mets dans ma wishliste

    1. Caroline

      Oui il est vraiment sympa. J’avais été un peu déçue par la dernière enquête de sa série Erica Falck, et avec ces nouveaux personnages et ce roman, je trouve qu’on renoue avec tout ce que j’aimais dans les histoires de l’autrice.

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