Chronique en quelques lignes
La chronique en quelques ligne se distingue par son format court et moins travaillé. C’est un avis qui va à l’essentiel et qui vise à parler de mes lectures quasiment en temps réel.
Chronique – Les choses que nous avons vues d’Hanna Bervoets
📖Date de lecture : 4-5 janv. 2026 ⭐Plaisir de lecture : 3/5

Les choses que nous avons vues d’Hanna Bervoets
🎧Édition : Lizzie, 2022 – 2h44min – ISBN: 9791036618642 – Genre : Littérature néerlandaise, Contemporain – Lu par Aloïse Sauvage.
Titre original : Wat wij zagen (2021) – Traduction : Noëlle Michel.
Également disponible : 📕 En grand format chez Le bruit du monde, 2022 ; 🎧 En format poche chez 10-18, 2023.
Une plongée saisissante dans le quotidien des modérateurs de contenu, les nettoyeurs du web. Hanna Bervoets y analyse l’état de confusion entre réalité et virtuel dans lequel nous vivons.
Kailegh a appartenu à la cohorte de modérateurs de contenu chargés de veiller sur les images et les textes qui circulent sur le web. Sur un ton froid et désabusé, la jeune femme répond par courrier interposé à l’avocat qui lui a proposé de participer à une action collective contre la plateforme Internet qui l’employait. En dépit de la somme de vidéos barbares et de commentaires haineux qui lui a été infligée le temps de ce travail précaire, elle refuse de se joindre à ses anciens collègues, mais souhaite raconter ce qui l’a personnellement traumatisée sur les lieux de ce travail. Commence alors le récit du quotidien éreintant de ces nettoyeurs du web, de l’indifférence avec laquelle ils se protègent jusqu’aux cauchemars qui les hantent.
Le jour où apparaît la séduisante Sigrid, venue travailler avec eux, Kailegh semble perdre ses moyens. Que peut devenir une relation entre deux êtres au sein d’un univers où l’intimité est quotidiennement malmenée ? Telle est la question que pose Hannah Bervoets avec acuité, le temps d’un récit à la tension irrésistible.
« De plus, mes nouveaux collègues étaient les seuls à savoir ce que je voyais durant la journée, ce que ça faisait et ce que ça signifiait, même si nous n’abordions pas beaucoup ce dernier point ; pendant nos heures de travail, nous discutions surtout de ce qu’il convenait ou non de supprimer. Parfois, l’un de nous disait : « Je viens de voir un truc vraiment gravos, les mecs », alors nous hochions la tête, nous savions qu’il fallait le laisser tranquille. En dehors du boulot, en revanche, c’était une autre histoire. Vous voulez savoir ce que nous faisions ? Très bien : suivez-moi, je vous embarque dans le café où nous avions nos habitudes. »
Ce qui m’a attirée vers cette lecture, c’est le sujet évoqué dans le résumé, à savoir le milieu de la modération de contenu sur Internet. Un sujet dont j’avais déjà entrevu la violence dans l’excellent thriller d’Antoine Renand, S’adapter ou mourir, et qui depuis me hante continuellement.
Dans Les choses que nous avons vues, Kailegh raconte ce qu’a été sa vie lorsqu’elle travaillait comme modératrice de contenu pour une plateforme Internet.
L’histoire est centrée sur la relation entre Kailegh et Sigrid, et tout le reste m’a semblé n’être qu’un décor. Hélas, je n’ai rien ressenti pour les protagonistes ni aucun intérêt pour leur histoire. Je n’ai pas éprouvé la dureté de leur quotidien, ni à quel point le contenu visualisé pouvait les impacter. Je n’ai rien vu du glissement progressif, des premiers chocs produits par cette violence jusqu’à ce qu’elle se fonde dans leur existence. Et en cela, je trouve que le roman manque de profondeur. Je me demande ce que j’ai lu, ce que l’autrice a réellement voulu mettre en lumière avec ce récit.
Avec Les choses que nous avons vues, j’espérais une lecture qui interroge, j’espérais un regard pénétrant sur la réalité de notre société, et ce n’est pas du tout ce que j’ai trouvé. Je pense que mon sentiment mitigé pour ce livre vient avant tout du fait que j’en attendais autre chose. Je me trompe rarement sur le choix de mes lectures, mais parfois j’ai des loupés, ce qui n’enlève rien aux qualités de ce roman. C’est simplement mon ressenti.
Quant à la version audio, je l’avais choisie parce que j’avais adoré l’interprétation magistrale d’Aloïse Sauvage dans La haine qu’on donne (que je vous invite à découvrir si vous ne connaissez pas encore). Une écoute agréable, même si je n’ai pas été spécialement emportée par cette histoire.
« […] désormais, porno et spams seraient directement transmis à une nouvelle équipe de modérateurs en Inde. Nous autres, nous nous pencherions en priorité sur la violence, les abus et les « questions culturellement sensibles » – menaces, publications prétendument ironiques flirtant avec le racisme, ce genre de choses. Le problème : porno et spams étaient faciles à supprimer d’un simple clic, ce qui nous permettait d’atteindre notre quota de cinq cents tickets par jour. Maintenant qu’on nous refilait uniquement les tickets plus complexes à évaluer, notre motivation s’effondrait en même temps que nos scores […] »

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