Chronique – Ce que nous confions au vent de Laura Imai Messina

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Ce que nous confions au vent de Laura Imai Messina

Ce que nous confions au vent de Laura Imai Messina

Contemporain

Ma note :  ♥ / Coup de coeur | Mon avis sur la version audio : ♥ / Coup de coeur

{Sélection Prix Audiolib 2022} Lu par Clara Brajtman

« QUEL CHE AFFIDIAMO AL VENTO » Laura Imai Messina

En octobre dernier, j’avais écouté la merveilleuse histoire de Laura Imai Messina, Ce que nous confions au vent. Envoûtée par la voix magnifique de Clara Brajtman, ma lecture avait été un véritable coup de coeur. Seulement, comme souvent lorsque des romans m’ont émue jusqu’au coup de coeur, j’ai été incapable de le chroniquer. Qu’allais-je bien pouvoir dire ? Comment expliquer à autrui ce que je ne m’explique pas à moi-même ? La version audio a sans doute beaucoup joué dans mon ressenti, car l’interprétation de la narratrice est fabuleuse. Quand j’ai lu que ce titre faisait partie de la sélection pour le Prix Audiolib, et que j’allais donc devoir en parler, j’ai vu là l’occasion de saisir à nouveau dans ce texte, ce qui avait résonné en moi la première fois. Vous le savez si vous me suivez depuis quelques temps, je suis une grande adepte de polars et de thrillers, mais ce sont souvent des romans d’un tout autre genre qui me procurent les meilleurs souvenirs de lecture. Ce que nous confions au vent est de ceux-là.

Il existe au Japon, dans le vaste jardin de Bell Gardia, un endroit fantastique où les vivants peuvent parler à leurs proches décédés. A dire vrai, ce n’est pas vraiment un endroit mais une cabine téléphonique, poétiquement nommée le « Téléphone du Vent ». Pour l’utiliser, rien de plus simple, il suffit de décrocher le combiné et de parler. Dans un pays qui pleure encore ses morts suite au tsunami dévastateur de 2011, nombreux sont ceux qui se rendent sur le mont Kujira-yama, pour soulager un peu leur peine en contactant des êtres disparus. C’est le cas de Yui, animatrice de radio, qui a perdu sa mère et sa fille. Régulièrement, elle se rend sur la colline pour décrocher le fameux combiné, mais chaque fois, ses forces l’abandonnent. Alors elle se contente de contempler les jardins alentours, jusqu’au jour où elle fait la connaissance de Takeshi, un jeune veuf venu de Tokyo. Deux protagonistes essentiels, autour desquels le roman va prendre forme.

« Une cabine téléphonique dans un jardin, un téléphone débranché pour parler avec les défunts. Une telle chose pouvait-elle consoler ? Et puis, que dirait-elle à sa mère, que pourrait-elle bien dire à sa fille ? »

D’aucuns disent que le temps guérit toutes les blessures. Si rien n’est moins subjectif, le temps a pourtant bien son importance dans ces pages. Malgré les courts chapitres qui composent le roman, ce dernier semble déployer ses ailes avec lenteur, enveloppant avec bienveillance tous les personnages de cette histoire. Il les accompagne, jour après jour, jusqu’à la résilience. Le « Téléphone du Vent », quant à lui, est bien plus qu’un objet ou une destination de pèlerinage. C‘est un symbole, qui console les âmes et porte en lui le pouvoir de guérison. L’autrice explore avec pudeur la psychologie et les sentiments. Il y a dans ses mots une forme de respect et de délicatesse, qui confère à ses personnages une grâce singulière.

Monsieur Suzuki, le gardien, contribue à apaiser les êtres, toujours avec discrétion et humilité. Grâce à lui, Bell Gardia est un lieu d’échanges et de rencontres. Car si tous portent en eux le deuil, ils sont, pour la plupart, avides de souvenirs, de paroles et de sourires. Il y a cet homme, qui cache derrière ses mots emportés, la mort de son fils. Car « On reste parents, même quand nos enfants ne sont plus. » Ou encore cet adolescent, qui vient confier au vent tout l’amour qu’il éprouve pour ce père éteint. Tous apportent une belle consistance au roman. J’ai particulièrement aimé suivre Yui dans son chemin vers la sérénité, prendre part à ses doutes, affronter ses inquiétudes. Elle qui tente de retrouver, grâce aux petits bonheurs quotidiens, le goût sucré de la vie. J’ai encore en tête sa théorie de la dissociation corporelle, qui m’a à la fois amusée et touchée. Pourtant, ce ne sont pas tant les personnages qui m’ont plu, que la façon dont l’autrice raconte leur histoire.

« Au prix de sa vie, de sa vie de rien du tout, Yui ne permettrait pas qu’il arrive malheur à cette chose et à l’endroit qui en transmettait la voix. »

Dans Ce que nous confions au vent, Laura Imai Messina évoque le deuil, l’amour et la reconstruction, avec une grande délicatesse. Jamais elle ne sombre dans le pathos, et c’est l’une des raisons pour laquelle j’ai trouvé ce roman si beau. Par ailleurs, comme en parfaite harmonie, Clara Brajtman offre une interprétation magistrale. Lors de cette relecture, j’ai à nouveau été bouleversée par les émotions, admirative de sa diction, de sa voix rafraîchissante et de son accent impeccable. Tout comme Clara Ysé avec Mise à feu, je ne conçois pas Ce que nous confions au vent autrement qu’en version audio. J’ai trouvé l’ensemble magnifique et lumineux !

Date de 1ère lecture : 26 oct. 2021
Date de relecture : 27 mars 2022

Et comme les mots peuvent sembler parfois bien fades, rien de mieux qu’écouter un extrait pour se faire un avis.


Infos et Quatrième de couverture

Ce que nous confions au vent de Laura Imai Messina
Edition papier : Albin Michel – Parution : 31/03/2021 – 288 pages – ISBN : 9782267032673
Edition audio : Audiolib – Parution : 15/09/2021 – Durée : 5h01min – ISBN : 9791035406967 – Lu par Clara Brajtman

« Sur les pentes abruptes du mont Kujira-yama, au milieu d’un immense jardin, on aperçoit une cabine téléphonique : le Téléphone du vent. Chaque année, des milliers de personnes décrochent le combiné pour confier au vent des messages à destination de leurs proches disparus. En perdant sa mère et sa fille, emportées par le tsunami de 2011, Yui a perdu le sens de sa vie. C’est pour leur exprimer sa peine qu’elle se rend au mont Kujira-yama, où elle rencontre Takeshi et sa petite fille, également en deuil. Mais une fois sur place, Yui ne trouve plus ses mots…
C’est un endroit réel qui a inspiré à Laura Imai Messina ce magnifique roman. Ode à la délicatesse des sentiments, Ce que nous confions au vent est une puissante histoire de résilience autour de la perte et la force rédemptrice de l’amour. »


Le téléphone du vent : quand la réalité inspire la fiction

Extrait du roman

« Cette histoire s’inspire d’un endroit réel, situé au nord-est du Japon, dans la préfecture d’Iwate.
Un jour, un homme a installé une cabine téléphonique dans le jardin de sa maison, au pied du Kujira-yama – le mont de la Baleine –, tout proche de la ville d’Ôtsuchi, l’une des régions les plus touchées par le tsunami du 11 mars 2011.
À l’intérieur, un vieux téléphone noir qui n’est pas branché emporte les voix dans le vent.
Des milliers de personnes s’y rendent en pèlerinage chaque année. »

Si le sujet vous intéresse, voici un documentaire Arte qui lui est consacré.

Cet article a 16 commentaires

  1. Cannetille

    Un livre qui a l’air très émouvant. L’idée du téléphone du vent l’est déjà en soi. J’ai découvert son existence dans le livre Les lettres d’Esther de Cécile Pivot.

    1. Caroline

      Oh, je ne connais pas ce livre mais je vais aller jeter un oeil. C’est vrai que le concept du téléphone du vent est émouvant.

  2. Tu nous offres là une chronique sublime teintée de toutes ces belles émotions que tu as trouvé dans ce roman ! Un thème sensible, qui a l’air traité avec brio et délicatesse. 🙂

    1. Caroline

      Merci c’est gentil ! 😊 C’est très délicat de s’exprimer sur un coup de coeur.

      1. Oui, c’est dur de mettre les mots justes pour toucher les autres comme le livre nous a toucher, mais tu t’en es très bien sortie. 🙂

  3. Céline

    C’est vraiment très tentant surtout que ça me parle cette histoire de téléphone du vent 🙂
    Merci beaucoup pour cette découverte, je me le note de suite !

  4. L’histoire a l’air très émouvante ♥ Merci pour la découverte. Le genre de livre qui a également tendance à me marquer.

  5. Jeunejane

    Jeunejane : Comme j’ai aimé cette chronique : le téléphone du vent et le gardien pour apaiser les êtres. J’ai noté le livre pour mes futures lectures.

  6. Lily

    Tu me tentes vraiment 😍 je lis bientôt 😉💕

  7. Quelle magnifique chronique ! À travers tes mots, on ressent une partie des émotions qui semblent t’avoir assaillie pendant l’écoute de ce beau, touchant et humain roman que j’ai hâte d’écouter…

    1. Caroline

      C’est gentil Audrey. 😊 Pourtant, j’ai l’impression de ne pas avoir réussi à transmettre tout le bien que j’ai pensé de ce roman. Les yeux embués, le coeur ému, mais aucune tristesse. C’est tellement difficile je trouve, avec ce genre de livre, d’expliquer pourquoi on a aimé. J’espère qu’il te plaira !

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