Chronique – La preuve des contraires de Caitlin Wahrer

La preuve des contraires de Caitlin Wahrer

Policier, Thriller

Ma note :  ★★★★ / J’ai beaucoup aimé

Octobre 2015. Nick, un jeune étudiant de vingt ans, passe la soirée dans un bar accompagné d’une amie. Il y fait la rencontre d’un homme avec qui il décide de passer le reste de la nuit. Mais au petit matin il se réveille seul dans la chambre d’hôtel et son état physique déplorable laisse entendre une agression d’une rare violence. Suite à cet évènement tragique, le frère de Nick, Tony, sombre peu à peu dans une spirale vengeresse, mettant en péril l’équilibre de sa famille.

« Je n’ai pas compris tout de suite que le viol avait ébranlé votre famille dans ses fondations. »

Dans cette histoire à double temporalité, Caitlin Wahrer aborde avec une remarquable justesse l’impact d’une agression, tant sur la victime que sur son entourage. L’histoire est racontée du point de vue de plusieurs personnages, Nick, Tony, Julia, et John Rice, l’inspecteur. Une construction classique en apparence mais qui pourtant soulève dès le départ de nombreuses questions, dessinant les contours d’une intrigue bien plus originale.

« Agresser Nick n’avait pas suffi à cet homme, voilà qu’il s’insinuait dans leur foyer. Leur imposait sa duplicité. Réécrivait l’histoire et entortillait Nick dans ses mensonges. »

Nous ne sommes pas ici dans un thriller au rythme soutenu mais davantage dans une intrigue mesurée, axée sur la psychologie des personnages. Leurs questionnements et leurs pensées m’ont paru particulièrement crédibles. Nick notamment, m’a beaucoup touchée, et cela va bien au-delà de son « statut de victime ». Le fait d’avoir accès si ouvertement à sa conscience, à la détresse qui l’habite, à ce sentiment si fort de perdition, m’a prise aux tripes. L’écriture accentue pleinement son comportement tourmenté et égaré. Issu d’une famille dysfonctionnelle, le jeune homme n’a pas eu une enfance facile mais a toujours pu compter sur son demi-frère Tony pour prendre soin de lui. Des liens très forts unissent les deux frères, dès lors, on comprend l’obsession de Tony pour la vengeance. Chapitre après chapitre, ce dernier ressasse et rumine sa colère. Une obsession qui engendre une certaine tension, telle une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes. A l’inverse, le calme apparent, le côté réfléchi et posé de sa femme Julia m’ont rassurée.

Au fil de l’intrigue l’autrice réussit, non sans habileté, à déconstruire toutes les certitudes et à insinuer le doute, ébranlant par la même les convictions du lecteur.

La preuve des contraires aborde également des thématiques très intéressantes concernant la justice et la médiatisation des enquêtes. D’un côté il y a Tony, qui refuse d’entendre que chacun a droit à un avocat, même la pire des raclures. De l’autre il y a Julia, ancienne avocate, qui sait que l’émotion n’est pas compatible avec la notion même de justice. « Il fallait un équilibre : le gouvernement ne pouvait pas punir quelqu’un sans avoir établi qu’il avait enfreint la loi. » Cependant, lorsque le drame vient à nous toucher personnellement, qui sait comment nous pourrions réagir et jusqu’où nous serions prêts à aller pour protéger ceux qu’on aime ? Le roman met aussi en lumière les dérives médiatiques et sociales, où chacun croit détenir la vérité et se pense apte à juger sans se soucier des conséquences. Une opinion publique souvent manipulée, dévastatrice, qui ne fait qu’aggraver des situations déjà très éprouvantes. Par ailleurs, le point de vue de « l’agresseur » est également évoqué, et si nous n’entrons pas dans sa tête, nous sommes cependant témoins de ses propos et de ses attitudes.

Lors de ma lecture, j’ai ressenti quelques moments creux qui m’ont temporairement sortie de l’histoire. Cela dit, j’ai beaucoup aimé les fondements de ce roman et la façon dont le sujet est traité. Car ici le sujet n’est pas tant l’enquête que les conséquences du drame et son impact sur toute une famille. En cela le titre original, The Damage, est véritablement approprié et colle, à mon sens, parfaitement à l’histoire. Un livre qui tient à la fois du roman policier pour son enquête, du thriller pour son suspense et du drame pour son sujet.

Date de lecture : 6-10 juin 2022


Infos et Quatrième de couverture

La preuve des contraires de Caitlin Wahrer
Edition papier : Sonatine – Parution : 16/06/2022 – 455 pages – ISBN : 9782355848469 – Traduction : Karine Lalechère

« Vous avez aimé Gone Girl ? Big Little Lies ? Vous allez adorer La Preuve des contraires.
Octobre 2015. Le téléphone sonne chez Julia et Tony Hall, qui vivent une existence paisible dans leur grande maison du Maine. Tony répond puis se rue au chevet de son frère, Nick. Celui-ci vient d’être admis aux urgences après avoir été violemment agressé la veille par un inconnu rencontré dans un bar. Le monde de Tony s’effondre. Et plus encore lorsque l’inspecteur Rice, chargé de l’enquête, commence à douter du témoignage de Nick. Si Tony est prêt à tout pour sauver son frère, Julia, elle, est prête à tout pour sauver son mari à la dérive.
Février 2019. Le téléphone sonne à nouveau chez les Hall. Au bout du fil, l’inspecteur Rice, à qui Julia n’a pas parlé depuis des années. À la retraite, malade, celui-ci demande à la voir. Il a des révélations à lui faire sur cette affaire qui n’a cessé de l’obséder, des révélations qui vont remettre en question toutes les apparences.
Mensonges, crimes, obsessions : ne vous fiez pas surtout pas au visage paisible des banlieues américaines.« 

8 thoughts on “Chronique – La preuve des contraires de Caitlin Wahrer

  1. Oh un sujet sur et brutal, on le sent dès tes premiers mots ! Je suis intriguée par ce mélange des genres que tu décris entre drame et thriller, et surtout par son côté psychologie des personnages. Merci beaucoup Caroline pour cette découverte !

    1. Oui, c’est un roman qui marque. La psychologie est vraiment fouillée, et on ne peut que ressentir la détresse de Nick, ou la colère de Tony.

  2. La couverture dégage une aura inquiétante qui me plaît beaucoup.
    Quant au roman, il me tente bien que ce soit pour sa dimension psychologique, le lien unissant les deux frères ou ses thématiques, notamment la médiatisation à outrance des enquêtes…

    1. La couverture m’avait tapé dans l’oeil. Ce côté « opinion publique néfaste » est bien traité, à mon sens. On voit bien les dérives des commentaires sur les réseaux sociaux par exemple, et le mal que ça peut faire. D’ailleurs, je viens de lire une chronique sur le blog de Christlbouquine qui parle de ça aussi, même si le ton du roman, « Le syndrome du canal carpien de John Boyne » est vraiment différent.

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