Entretien avec Céline Picard
Aujourd’hui est un jour spécial sur le blog, puisque j’inaugure ma première interview. Si c’est un exercice que je pratique régulièrement pour un petit magazine local, c’est la première fois que je ne suis pas limitée à 600 mots et que je peux poser toutes les questions qui m’intéressent ! J’ai eu envie d’ouvrir le bal avec la talentueuse Céline Picard, puisque c’est suite à la lecture de son roman que l’idée m’est venue de faire cet entretien.
« Les êtres humains sont une source d’inspiration inépuisable. »

Céline, mes fidèles lecteurs et lectrices la connaissent déjà, puisqu’elle est aussi chroniqueuse sur le blog de Ju lit les mots, et que nous sommes nombreux et nombreuses à avoir découvert sa plume.
Scientifique de formation, Céline Picard a remporté le « Prix du Polar non publié » en 2021, grâce à son roman policier Le châtiment du sang (Novice Éditeur). Un tremplin qui l’a fait connaître et qui l’a incitée à poursuivre ses envies d’écriture avec Homéostasie, paru trois ans plus tard chez Librinova.
Dans cet entretien, nous évoquons son métier d’autrice et ses projets d’écriture, mais aussi plus spécialement son roman policier Le châtiment du sang.
Céline, nous te connaissons en tant que lectrice et chroniqueuse, et si tu nous parlais de ton profil d’autrice ?
Je pense qu’il est assez similaire à mon profil de lectrice. Mes lectures de prédilection sont les romans policiers, polars et autres thrillers. Même si, de plus en plus souvent, j’aime faire des incursions vers d’autres genres, rencontrer d’autres plumes, pour lire des styles et des histoires différentes.
Pour ce qui est de l’écriture, que ce soit les nouvelles ou les romans, j’aime le genre romans policiers, polars ou thrillers, j’aime le noir. Mais rien n’est fermé.
Depuis quand écris-tu et comment a germé cette idée ?
C’est la lecture qui m’a menée à l’écriture. Je suis bien incapable de dire quel a été le déclic, j’avais juste envie d’écrire des histoires, celles que j’aime lire, celles qui me permettent de mettre entre parenthèse la vie, le monde, pour me lancer dans une aventure, tranquillement assise dans un fauteuil. Je ne suis pas de ces auteurs qui écrivent depuis leur jeunesse, cette envie est apparue tardivement. Les balbutiements ont commencé il y a plus de dix ans, peut-être même quinze ans maintenant, par de courts textes, des nouvelles, puis par un premier roman, l’ensemble étant médiocre, même très mauvais. J’écrivais alors par intermittence, je me cherchais. Au fil du temps, de mes lectures, et de mes brouillons, j’ai tenté de me perfectionner. Puis, il y a eu ce concours de manuscrits. Et depuis cinq ans, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure de l’écriture, à corps perdu, afin de ne rien regretter.
Qu’est-ce que tu aimes dans l’écriture, qu’est-ce que cela t’apporte ?
L’écriture est une porte ouverte sur un monde parallèle dans lequel j’adore me plonger. J’aime créer des personnages, tisser des fils entre eux, leur faire vivre des aventures, construire des intrigues, réfléchir à la façon dont l’ensemble va s’agencer. Je trouve cet exercice incroyablement passionnant et enrichissant. Lorsque j’écris, c’est un peu bête à dire, mais je me sens bien, j’aime tout dans ce travail, les recherches préalables, la construction de l’intrigue ou des intrigues, le façonnage des personnages, l’écriture en elle-même, la réécriture, j’apprécie chacune de ces étapes. Et au final, il y a cette rencontre incroyable avec des lecteurs.
Homéostasie et Le châtiment du sang sont deux romans de genre différent. Où puises-tu ton inspiration ?
Les êtres humains sont une source d’inspiration inépuisable. Pour Le châtiment du sang, c’est une remarque désobligeante d’une connaissance sur mes origines qui m’a inspirée, et j’ai construit mon intrigue autour de cette remarque.
Homéostasie est tout à fait différent. C’est un texte que j’avais commencé à écrire pour un concours, mais je n’ai pas eu le temps de l’achever, je suis très lente dans mon travail d’écriture. J’avais envie d’humour noir, et d’une héroïne un peu spéciale. Je l’ai retravaillé à de multiples reprises avant d’arriver à cette novella qui parle d’équilibre, une notion que l’on retrouve en biologie, mais qui peut s’appliquer à bien d’autres choses.
Qu’est-ce qui te semble le plus complexe dans l’écriture d’un polar ?
La difficulté que je rencontre dans la rédaction de mes polars, c’est la cohérence. C’est un exercice complexe de mettre en musique l’intrigue, ou les intrigues s’il y en a plusieurs, afin d’éviter les fausses notes dans la narration ; les dialogues sont également essentiels, ils doivent être bien dosés, et réalistes. Quant aux indices, il faut les distiller au bon moment, au bon endroit, sans en dire trop.

En tant que lauréate du « Prix 2021 du Polar non publié », ton roman policier Le châtiment du sang a pu bénéficier d’une publication chez Novice, et a été préfacé par Thomas Cantaloube. Qu’as-tu ressenti en apprenant cette nouvelle ?
Quand j’ai appris que j’étais lauréate de ce concours de manuscrits, j’ai été très surprise, je n’y croyais pas (en vérité, pour l’anecdote, je n’avais pas vraiment compris si j’étais lauréate ou finaliste quand l’éditeur m’a appelée ; un grand moment de solitude…) . Et lorsque j’ai su que le président était Thomas Cantaloube, j’y croyais encore moins. C’est un auteur incroyable, publié dans la série noire de Gallimard, et dont j’apprécie beaucoup la plume. J’étais donc émue et touchée qu’il ait décidé de mettre mon manuscrit sur le dessus de la pile. Le plus drôle est que je venais juste de parler de son roman Requiem pour une république à une soirée polar dans ma médiathèque.
Peux-tu nous dire quelques mots sur ce roman ?
Dans un village à la campagne, le corps mutilé d’une vieille femme est retrouvé. Ce ne sera pas la seule. Du jamais vu dans ce coin d’habitude si paisible.
Une co-saisine réunit deux enquêtrices aux caractères bien trempés qui d’emblée s’aperçoivent qu’ici tout le monde se connait et que personne n’est vraiment étranger à l’affaire.
Dans ce premier polar, j’ai voulu mettre beaucoup de choses, trop peut-être. En tout cas, j’avais envie de parler de science, mais pas que, de meurtres, et de vengeance. J’ai ajouté deux enquêtrices, que j’aime beaucoup, et des secrets. De famille, bien entendu !
Par curiosité, écrire ce roman t’a demandé combien de temps ?
Comme je le disais, je suis très lente pour écrire. Je ne suis pas une “littéraire”, et tout me demande beaucoup de temps. Pour Le châtiment du sang, c’est difficile à dire, je l’ai écrit de façon irrégulière, mais en tout avec le travail de réécriture avec l’éditeur, cela doit représenter un an et demi, à deux ans de travail.
Le châtiment du sang est admirablement ficelé. As-tu des méthodes de travail particulières pour arriver à un tel résultat ? Et si oui, les appliques-tu à tous tes romans ?
Merci Caroline.
Je travaille un peu comme en gestion de projet, avec des objectifs, des plannings et des résultats à obtenir ; c’est un peu psychorigide.
Le travail préalable que je réalise avant l’écriture proprement dite est assez long, et j’essaie qu’il soit le plus précis possible. Dans un premier temps, j’écris la trame succincte du projet, les grandes lignes de l’histoire que je veux développer, le type de personnages, la période, les thèmes que je souhaite aborder. Puis, j’élabore des fiches détaillées pour mes personnages, j’aime beaucoup cet aspect, et un plan précis du roman, avec les événements que les personnages vont vivre, et la résolution de l’enquête dans le cas de romans policiers. Quand commence l’écriture, rien n’est cependant figé, puisque les personnages peuvent évoluer, selon ce qu’ils rencontrent comme problématiques. La fin aussi peut changer ! Enfin, après le premier jet, il faut retravailler, reprendre certaines parties. J’ai appliqué cette façon de faire à tous mes romans, sauf un, ce qui était une erreur, parce que le travail de réécriture a été beaucoup plus long et compliqué.
Tu as suivi un cursus scientifique, et c’est vrai que dans Châtiment du sang, on est saisi par la précision des détails de l’enquête, ou encore la justesse du vocabulaire. Ta formation t’a-t-elle aidée dans ton travail d’écriture ?
Mon cursus scientifique, en biologie, discipline chère à mon cœur, a été utile. C’est vrai que je suis plutôt familière du vocabulaire scientifique, de ce qui touche à l’ADN, même si ce n’est pas mon cœur de compétence. J’ai beaucoup aimé me plonger dans des publications sur la médecine légale, sur la preuve ADN, toutes ces recherches préalables à l’écriture ont vraiment été intéressantes.
De même, concernant les dessous de la gendarmerie et des services censés travailler entre eux. On a l’impression que tu connais cet univers. As-tu mené des recherches personnelles ?
Pour la petite histoire, mon papa était policier, et c’était un homme tout à fait normal, même si son métier était loin d’être idyllique. S’il ne m’a pas vraiment aidé pour ce roman, il raconte souvent ce qu’il a vécu dans sa carrière, avec des anecdotes parfois. Par ailleurs, j’ai eu la chance, lorsque j’étais pompier volontaire, de rencontrer un gendarme, avec qui j’ai sympathisé, et qui m’a renseignée sur les procédures. Il a été d’une aide précieuse pour cet aspect-là, même s’il a trouvé mon polar bien trop éloigné de la réalité !
Tu as choisi de donner le rôle principal à deux femmes, Charlie et Amy. Pourquoi ?
J’avais envie de personnages féminins, de femmes fortes, mais différentes des personnages alcooliques et dépressifs que l’on peut croiser dans les polars.
Charlie a des “aptitudes” particulières. L’aspect fantastique, ou peut-être parapsychologique, je ne sais pas comment le décrire, t’attire t’il dans les oeuvres que tu lis ou regardes ?
Le côté fantastique dans un polar ou un thriller m’attire énormément, tout comme la notion de parapsychologie. J’aime ces deux côtés, la science et le côté non rationnel des choses, cela peut sembler paradoxal, mais la science n’a pas encore apporté toutes les réponses à nos questions, loin de là ; les scientifiques nous fournissent régulièrement des preuves sur des notions que l’on pensait, hier encore, de l’ordre de l’impossible. Les neurosciences représentent un domaine rempli de promesses, et le fonctionnement du cerveau n’a pas encore livré tous ses secrets. Cela me passionne.
Dans ce roman choral, tu nous places tour à tour dans la tête des deux enquêtrices, mais aussi dans celle du tueur. Pourquoi ce choix ?
Ce qui m’intéresse dans cette façon de faire, c’est l’idée de comprendre les méandres de la vengeance, ce que le tueur avait dans la tête. Et quoi de mieux que de le faire parler ! On oscille entre les pensées du tueur et la façon dont les enquêteurs essayaient de lire en lui, ce qui apporte un point de vue différent à l’intrigue et une tension supplémentaire.
As-tu prévu d’écrire d’autres enquêtes avec Charlie et Amy pour héroïnes ?
Quand j’ai débuté Le châtiment du sang, j’avais dans l’idée d’écrire une trilogie, afin d’avoir l’espace et le temps de travailler le personnage de Charlie, et également pour développer une thématique autour de l’ADN.
Dans le deuxième tome, déjà écrit, j’ai donc traité le sujet du Biohacking, ou biologie participative, où n’importe quel amateur de tubes à essai peut s’improviser spécialiste, et réaliser des expériences dans son garage.
Dans le troisième tome (la trame existe déjà, mais il est en attente), j’avais envie de parler des profils génétiques et des tests que tout à chacun peut réaliser avec un kit acheté sur internet, et qui fait que beaucoup de personnes laissent leur profil ADN en libre accès ; et hélas, ce profil devient une donnée disponible, comme une autre, avec des conséquences que l’on ne soupçonne pas.
As-tu d’autres projets d’écriture en cours ?
En plus du tome 2 des enquêtes de Charlie et Amy, j’ai dans mon tiroir, deux autres manuscrits achevés. Un eco-thriller fantastique, et le projet de ma vie, celui que je ne pensais pas réussir à écrire, un roman historique sur un pan de l’Histoire du Cambodge, et qui m’a demandé plus de deux ans et demi de travail.
Je viens de débuter un nouveau projet, un polar historique (un genre que j’affectionne particulièrement, et que j’aimerais écrire depuis longtemps), qui se déroulera dans la ville de Nancy pendant les années folles. Je suis en pleine phase de recherches.
Des projets passionnants, que nous espérons bien découvrir ! Je te remercie chaleureusement pour ta gentillesse et ta disponibilité, Céline.
Vous pouvez retrouver les chroniques littéraires de Céline sur le blog de Ju lit les mots, et la suivre sur Instagram.
Découvrez quelques avis sur Le châtiment du sang : Collectif Polar, Ju lit les mots, La parenthèse de Céline, Ma passion les livres, Tranches de livres.
Découvrez quelques avis sur Homéostasie : Ju lit les mots, Vingt et une pages.
En savoir plus sur Le murmure des âmes livres
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Passionnant cet entretien !! Merci beaucoup Caroline, quelle bonne idée ! Céline, tu es incroyable… tous ces manuscrits qui attendent un éditeur, c’est fou et quel travail !! Bravo… Ayant fait mes études à Nancy et ma petite sœur habitant pas loin, j’ai hâte de lire ce projet de polar historique dans cette belle ville ! Merci à toutes les deux pour ce moment très intéressant et… doux… je ne sais pas dire autrement ! 😉 🙂
C’est gentil Lilou ! J’espère de tout coeur que Céline verra ses derniers manuscrits publiés !
Merci pour ce passionnant article qui permet d’en apprendre plus sur le processus créatif de Céline, son inspiration et ses livres 🙂 Son accessibilité et sa gentillesse en font déjà une blogueuse très sympathique et ses réponses donnent l’image d’une autrice impliquée, organisée et inspirée.
Je suis tout à fait de ton avis Audrey, et ce fut vraiment un plaisir d’échanger avec elle. On a peu l’occasion de parler du processus de création derrière une oeuvre. Cet entretien m’a donné envie d’interroger d’autres corps de métier en rapport avec le livre.
merci pour ce bel article enrichissant
Avec plaisir ! C’est très agréable d’échanger avec Céline, elle est d’une gentillesse et d’une disponibilité incroyables !
Merci pour cet entretien. C’est passionnant de découvrir ton travail d’écriture, je t’admire d’avoir franchi le pas et surtout réussi. J’espère que tes livres remporteront grand succès. Bonne journée
Merci beaucoup Pat ! C’est très gentil 🥰
Bonne journée à toi aussi
J’espère aussi vraiment, d’autant que Céline m’a intriguée avec son roman historique sur le Cambodge !
Merci Caroline et Céline pour cet entretien qui m’a beaucoup émue.
Quoi que tu en dises, Céline tu es aussi littéraire que scientifique, la meilleure formation littéraire étant la lecture et le travail acharné.
J’espère de tout coeur pouvoir assister à la reconnaissance de tes ouvrages et lire encore de nombreux polars, thrillers ou autres issus de ta plume.
Merci beaucoup Hedwige ! Je suis contente que cet entretien t’ait plu. Merci pour tes encouragements et tes mots, cela me touche et m’encourage. Tu as raison, lecture et travail sont les clés. J’espère pouvoir à nouveau partager avec toi de nouvelles histoires.
❤️😘
C’est tellement sympa de pouvoir parler directement aux auteur.ices après avoir lu leurs livres ! J’ai souvent plein de questions en tête au cours d’une lecture, et là, je me disais : « Chouette, je vais pouvoir demander à Céline ! ». 😁
Un immense merci Caroline de m’avoir proposé cet entretien ; j’ai adoré répondre à tes questions. Merci pour cet échange et ce partage, je suis très touchée ❤️
Merci à toi ! Je suis ravie que tu aies bien voulu te prêter au jeu des questions réponse. C’est tellement intéressant de savoir comment travaillent les auteur.ices, comment ils pensent leur intrigue, leurs personnages. J’adore !
Merci Caroline ! Même si je ne suis qu’une auteure inconnue, c’était un plaisir d’inaugurer cette nouvelle chronique d’entretiens 🥰.